Suave, brûlant et robotique : goûtez au mojo rock de PATRÓN !

Written by À la une, Chronique

Alors c’est qui l’Patrón ? Le PÁTRON c’est Lo, frontman de Loading Data, illustre formation labellisée Desert Rock à la française dont l’évidente filiation avec la bande à Josh Homme était autant gage de défauts que de qualités. En hibernation depuis « Double Disco Animal Style », c’est vers son ami Alan Johannes que se tourne à nouveau Lo pour fignoler ces chansons, accumulées depuis 4 ans et présentées sous ce nouveau blaze. A la manière du couple Garcia/Goss dernièrement, c’est en compagnie du légendaire producteur que Lo enfile à nouveau son perf’ usé et retrouve son mojo de « Desert Crooner ».

Et en parlant de sex appeal, faut dire qu’on est servi. Ce disque pue le sexe à plein en nez, encore tout engourdi par la coco, bébé. A l’image de cette pochette complètement disco kitsch, Patrón nous propulse dans une nuit de stupre à Las Vegas, où les néons roses, criards, filent la migraine et les trav déchaînés aux tenues provocantes vous sifflent depuis le trottoir d’en face.

Guitares déchiquetées sur des lignes rythmiques tranchantes et ingénieuses, le groove robotique est absolument irrésistible ! De « Room with a View » à « The Maker » en passant par « Who do you dance for » (le single de l’été), les tubes discoïdes s’enfilent comme une ligne de coke sur les fesses de Carmen Electra. Presque en décalage avec ces décharges barbelées, le crooner au timbre profond, scande avec nonchalance les couplets mais sait s’illuminer lors de refrains accrocheurs et entêtants. Il faut bien reconnaître que l’organe de Lo est la principale attraction de cet album. Macho et provocateur (« Jump in the Fire »), tout en velours et tendre (« The Maker »), Lo est l’incarnation du Stoner Elvis, qui transformerait n’importe quelle nonne en Santanico Pandemonium.

Mais le baryton sait aussi mettre sa voix profonde au profit d’un storytelling captivant. On est alors comme happé par cette histoire de jeune caïd du bled, un peu trop nerveux de la gâchette (« Seventeen »). Banjos, sifflement western, phrasé d’un blues languissant, nous plongent littéralement dans ce coin paumé et poussiéreux (façon Sean Penn arrivant à Superior dans « U-Turn »). Ici le mezcal et la bière chaude remplacent la coke de la première partie du disque. La suite, plus mid-tempo, n’est que la gueule de bois de cette folle virée urbaine de la veille. Ritournelles robot-rock, shreds de guitares et arrangements de claviers sont autant de remontées acides, entre désillusions amoureuses (« Leave it Behind ») et subterfuges pour se sortir du pétrin dans lequel on vient de se foutre (« She Devil »)…

L’ensemble sonne comme si Iggy, délaissant Bowie pour un autre rouquin, avait enregistré « The Idiot », non pas à Berlin mais sur le Strip. Suave, brûlant et robotique à la fois.

Souvenez vous. Il y a trois ans, Josh Homme et son orchestre à géométrie variable avait décidé avec « Villains » de nous déclarer tout son amour pour la guinche radiophonique. Quelques tubes enrobés de titres assez fades, dénués d’intérêt, la faute à un producteur effaçant rugosité et profondeur… C’est ce disque qu’il voulait faire. C’est ce disque qu’on voulait entendre. Des titres groovy s’habillant de cuir, aussi râpeux que sexy, un modèle d’aboutissement esthétique. Et là, pour le coup, on peut dire que l’élève dépasse le maître. D’ailleurs, leurs potes en commun ne se sont pas trompés puisqu’ils ont tous pointé pour jouer sur ce disque. Le patron, c’est lui ; c’est Lo.

ARTISTE : PÁTRON
ALBUM : « Pátron »
LABEL : Klonosphere
SORTIE : 29 mai 2020
GENRE : Desert rock groovy
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Last modified: 10 juillet 2020