Chroniques

Published on October 25th, 2018 | by Yannick K.

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Uncle Acid & the Deadbeats “Wasteland” (Rise Above Records 2018)

En 2011, la scène underground s’était affolée pour ce qu’il était sans doute l’un des meilleurs disques d’inspiration heavy seventies, Black Sabbath en tête, récemment sorti. Kevin Starrs, alias UNCLE ACID, venait d’engendrer avec son “Blood Lust” un son phénoménal : des riffs lugubres et telluriques, une voix haut perchée flippante et vaporeuse servant une atmosphère d’inspiration horrifique de pelloches bis.

La hype retombée, le sombre quatuor s’évertue au fil des productions à nous plonger dans leur univers surréaliste où se mêlent poignards rituels, sorcières, messes noires et tortures (“Blood Lust”), névrosé messianique (“Mind Control”) ou assassin maniaque excessivement sanglant (“The Night Creeper”).

A l’épreuve du temps, nos nerds de films bis et fauchés sont toujours adeptes d’une science du riff occulte chère au Sabbath, mais leurs titres sont aujourd’hui enveloppés dans un format plus pop. D’ailleurs si les albums précédents s’appréciaient plutôt comme des ensembles monolithes confortant l’idée de concept-albums, ce “Wasteland” s’apparente désormais à une collection de tubes underground en puissance, sans toutefois remettre en cause le nouvel univers développé par l’oncle acide. On perd en puissance et uniformité ce que l’on gagne en efficacité ! Des titres comme “I See Through You” et “Shockwave City” résonnent désormais comme des hymnes sinistres et funèbres et Kevisn Starrs ne se refuse rien, ni des gimmicks pop ni des cuivres hoodoos (“Bedouin”) !

Malgré l’enrobage dans ce vernis mélodieux, “Wasteland” est avant tout un puissant récit édifiant, tout droit sorti de l’imagination fertile de son créateur. L’album dépeint une société repliée sur elle-même, survivant dans des prisons urbaines, égouts à ciel ouvert.  Elle est asservie par la lueur d’écrans bleutés déversant un flot intarissable d’images d’une propagande nauséabonde ou de news lobotomisantes. En permanence englués dans une désinformation quotidienne, ces morts-vivants technologiques, sous étroite surveillance, sacrifient le peu de leur cerveau encore disponible, à une peur de l’autre savamment orchestrée.

Et c’est là que réside toute la puissance de l’album. Le récit de “Wasteland” n’est finalement qu’une métaphore frontale d’une société occidentale en état de décomposition avancée. L’actualité semble d’ailleurs déborder des pistes que ces maîtres de l’horreur ont façonné. Ou vice versa. Ce récit dystopique n’est que le miroir des atrocités de notre réalité rendant l’imaginaire macabre de Wasteland encore plus pertinent et dérangeant. Un peu comme avait pu le faire Romero, Maître de l’horreur  sur pellicule, avec ses fétiches morts-vivants. La boucle est bouclée.

Fidèle à ce qui a fait son originalité, férocement vintage, UA&DB est désormais plus audacieux (et souvent déconcertant de prime abord) mais terriblement accrocheur. La voix aiguë de l’Oncle Acide psalmodie toujours des textes sordides, et tisse un récit faussement imaginaire porteur d’un message judicieux et troublant. UA&DB dépasse le simple recyclage d’une esthétique lugubre et fait de ce Wasteland une œuvre à la fois immersive et évocatrice. Bienvenue dans le monde réel.

ARTISTE : UNCLE ACID & THE DEADBEATS
ALBUM : “Wasteland”
DATE DE SORTIE : 12 octobre 2018
LABEL : Rise Above Records
GENRE : Heavy rock occulte
MORE : Facebook / Bandcamp / Website

 

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About the Author

Yannick K.

Fait le grand écart entre kung fu old school et le rock sous toutes ses formes. Pense que Dieu serait tellement plus crédible (et badass) si c'était Iggy en disciple shaolin maniant aussi bien le nunchaku que la six cordes. En attendant il prêche pour THC.



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