YOB est au Doom ce que Amenra est a..." /> YOB “Our Raw Heart” (Relapse Records 2018) – The Heavy Chronicles


Chroniques

Published on October 18th, 2018 | by Razort

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YOB “Our Raw Heart” (Relapse Records 2018)

J’aime souvent dire que YOB est au Doom ce que Amenra est au Post-hardcore, dans le sens où peu de groupes arrivent à être aussi touchants et cathartiques qu’eux. Certes, ranger ces deux groupes dans des cases serait vain, voir faux, car ils ont chacun développé un univers et une discographie unique. Ce trio venu de l’Oregon  n’est plus à présenter. Ils se sont imposés en maîtres de la scène, par la lourdeur de leurs prestations, leur musique viscérale, leurs paroles métaphysiques, et leur frontman charismatique aux mille et une voix. Ce dernier ayant traversé une période difficile l’ayant mené aux portes de la mort, on pouvait s’attendre à quelques changements, une musique transformée, des thématiques peut-être plus sombres cachées derrière un titre énigmatique…

Ce nouveau chapitre s’ouvre sur “Ablaze”, qui est le titre le plus convaincant pour moi. Dès les premières notes, des sonorités dramatiques, mais aussi pleines d’espoir, véhiculant une sorte de tristesse mais aussi d’acceptation face à un événement tragique (à l’heure où je vous parle, des âmes ont quitté ce monde, et même s’il s’agissait de personnes que je ne connaissais pas ou peu, c’est toujours émouvant de voir à quel point cela peut impacter la vie de notre entourage). Ainsi s’écoule le temps, ainsi vont les esprits lorsqu’ils quittent cette grande toile que forme l’Humanité. Niveau son, on remarquera la “propreté” et la légèreté des instruments par rapport au précédent opus. Moins épais, moins étouffant… La voix de Mike est aussi mise plus en avant, avec peu d’effets. Une voix plus pure, plus vraie, légèrement éraillée, mais qui n’a pas perdu en puissance lorsque viennent les growls légendaires de notre homme.

Au moment où retombent ces douces mélodies, un pavé brise le silence. “The Screen” est probablement le titre que j’aavais le moins aimé à la première écoute, sûrement à tord. Une guitare ultra répétitive et un chant en retrait en sont peut-être la cause. Mais replacé dans son contexte (à savoir dans un album complet et avec un meilleur son que sur Youtube), il s’avère qu’il est plutôt envoûtant. Passant d’un riff étiré sur plus de 9 minutes à des envolées mélodiques qui retombent plusieurs fois dans les ténèbres… Comme si on se débattait pour sortir d’une tourbière. Comme si on luttait pour survivre à un cauchemar, guidé par un mantra plein de noirceur. Une méditation Doom aux notes dissonantes, écrasantes et pachydermiques.

Vient alors le néant, le silence, puis une nouvelle salve de brutalité. “In Riverie” semble être le réveil du fin fond des abysses. Des murs de guitares yobesques, lourds et obscurs (rappelant “The Great Cessation”) s’enchaînent parfaitement avec “Lungs Reach” et nous maintiennent dans une atmosphère opaque, angoissante. Jusqu’au trois derniers titres. Remonter vers la lumière, à la surface, guérir… Certains comparent “The Beauty in Falling Leaves” à un second “Marrow”, ce n’est absolument pas le cas selon moi. Malgré sa douce mélancolie, on est loin d’atteindre un tel chef-d’oeuvre. Mais elle sert en revanche efficacement de tremplin émotionnel avec “Original Face”, avant l’apothéose sur le dernier titre “Our Raw Heart”.

On pourrait reprocher à cet album un côté trop “poppisé”, avec un son plus accessible, des riffs plus doux… mais c’est impossible. Yob garde une chose que peu de groupes réussissent à transmettre : de la sincérité, avec un talent inégalé pour toucher à des points sensibles chez chaque individu. Plus contemplatif qu’introspectif. Plus léger que déchirant. On ne reste pas insensible à cet album, comme au reste de la discographie. Tout se termine dans un mélange quasi synesthésique de mélodies exquises et de vibrations obscures. On en sort apaisé, fébrile, et comblé.

Si vous n’avez jamais vécu l’expérience en live, une tournée est en cours avec quelques dates françaises, dont la 50ème soirée Make It Sabbathy au Rocher de Palmer (en compagnie des belges de Wiegedood). Foncez, vous reverrez votre condition humaine plus tard. Yob is love.

ARTISTE : YOB
ALBUM : “Our Raw Heart”
DATE DE SORTIE : 8 juin 2018
LABEL : Relapse Records
GENRE : Doom metal
MORE : Facebook / Bandcamp / Website

 

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About the Author

Razort

Dessinateur un peu dérangé quand on me donne un crayon, chevalier de la bière lorsque j'enfile mon armure sur scène, étudiant bordelais le reste du temps, en chasse perpétuelle de nouveaux concerts pour en relater des souvenirs plus ou moins flous.



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