Chroniques

Published on September 27th, 2018 | by Yannick K.

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SPACESLUG “Eye The Tide” (Oak Island Records 2018)

Un commencement est un moment d’une délicatesse extrême… Sachez donc que l’on est en l’an 10 018. L’univers connu est gouverné par l’empereur Padishah Sabbath IV. À cette époque, la plus précieuse substance de l’univers est l’Épice, le Mélange. L’Épice accroît la longévité. L’Épice amplifie le champ de conscience. L’Épice est vitale au voyage dans l’espace. L’Épice a fait des navigateurs de la Guilde spatiale des mutants car elle leur donne le pouvoir de replier l’espace, c’est-à-dire de se transporter n’importe où dans l’univers sans se déplacer…

Parmi eux, les Polonais de SPACESLUG vous invitent à leur troisième odyssée vers l’infini dénommée “Eye The Tide”, à peine débarqués de leurs explorations précédentes que furent “Time Travel Dilemma” et “Mountains & Reminiscence”, l’An de Grâce passé.

Cette nouvelle expédition s’étend le long de terres stériles et arides, aux limites de l’immensité où les cris se perdent et retombent à terre parce qu’ils sont inaudibles. Malgré ce dessein peu enthousiasmant, vous êtes entre de bonnes mains avec l’équipage polonais: dès “Obsolith”, ce délicat commencement, SPACESLUG tisse d’un entrelacs de chants capiteux ce qui sera votre cocon céleste et, ses nappes astrales vous placeront rapidement en apesanteur.

Pour se mouvoir vers cet horizon inconnu, notre “Limace de l’Espace” utilise le riff comme mécanique ondulatoire. Bercé par la houle de vagues de fuzz cosmiques, le Shai-Hulud avance lentement, peaufine son itinéraire dans des motifs circulaires réguliers et répétitifs. Les lignes de basse de Jan Rutka ondulent et glissent pour donner l’élastique cadence.

Ce parcours peut paraître monotone et redondant par moments, tant le temps semble s’allonger à bord de l’attelage. Mais c’est sans compter sur la maîtrise de l’Épice par les navigateurs polonais. Le temps est une notion toute relative et SPACESLUG distord l’Espace, étire quelque fois son canevas sonique comme pour en accentuer les vagues énergiques (“Words Like Stones”), sorte d’ellipses spatio-temporelles méticuleuses à la puissance indescriptible et à la noirceur abyssale. Il en joue même, tant il simule des arrêts (la fausse fin de “Spaced by One”), des chutes vertigineuses monolithiques (“I, The Tide”), ou s’amuse avec les contrastes et les tons (“Vialys Part I, Part II”) passant de ralentissements acoustiques à de sombres climax avec une facilité déconcertante.

Ah oui ! J’oubliais de vous dire. L’Épice ne semble exister que sur une seule planète en ce moment, celle qui a vu naître Weedpecker, Sunnata… et ce nouveau prétendant virtuose, SPACESLUG. Avec le coda de sa trilogie spatiale, il se hisse parmi ses congénères, proposant une œuvre de prime abord fastidieuse, mais qui se révèle être intelligente, dense et mûrie sur chaque morceau, passage vers un univers unique aux confins du doom, du psyché et du drone. Bon voyage.

ARTISTE : SPACESLUG
ALBUM : “Eye The Tide”
DATE DE SORTIE : 20 juillet 2018
LABEL : Oak Island Records
GENRE : Doom psychédélique
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About the Author

Yannick K.

Fait le grand écart entre kung fu old school et le rock sous toutes ses formes. Pense que Dieu serait tellement plus crédible (et badass) si c'était Iggy en disciple shaolin maniant aussi bien le nunchaku que la six cordes. En attendant il prêche pour THC.



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