ORANGE GOBLIN « The Wolf Bites Back » (Candlelight Records 2018)

Lord PierroWritten by Chroniques

Ceci n’est pas une chronique d’album. Il y a parfois des rencontres que l’on aimerait avoir fait ou que l’on fantasme de réaliser, et parfois des rencontres qui n’existent que dans notre imaginaire, là ou les personnes étant disparues… (Attention : tout ce que vous allez lire est purement fonctionnel)

Paumé dans un quartier où je tourne en rond depuis des plombes, à la recherche du bar où le chanteur d’ORANGE GOBLIN m’a donné rendez-vous, je commence à pester à voix haute quand un vieux à l’angle d’une rue me gueule dessus sans que je comprenne le moindre mot de ce qu’il baragouine. Je l’envoie chier et comme un coup de bol, voilà ce foutu rade. Enfin, je vais pouvoir me poser et taper la discute avec le fondateur du groupe que l’on peut sans conteste qualifier de fils légitime de Motörhead.

– Hey mon gars, ça y’est, tu as fini par trouver le pub ? J’ai cru que j’allais finir fin rond en t’attendant…

– Désolé, le quartier a bien changé depuis vingt ans, et je me suis clairement paumé comme un vulgaire touriste…

– Ahahah, t’inquiète. Alors, tu l’as au moins écouté cet album ?

– Tu crois que j’aurai osé me pointer sans l’avoir écouté, et venir déblatérer des théories foireuses sur le processus créatif, les influences, toutes ces conneries ? Nan, je me serais chié dessus de honte si ça avait été le cas…

– Excellent, ça change des scribouillards habituels qui sortent leur marron à lèvres à longueur de temps.

On commençait tout juste à parler des chansons de « The Wolf Bites Back » et de toutes ces petites touches qui lui confèrent un caractère plus abouti par rapport aux albums précédents, quand le vieux qui m’avait gueulé dessus dans la rue se pointe et manque de s’écraser sur notre table. Ben Ward, dans toute sa mansuétude et son flegme si british, au lieu de lui brailler dessus comme l’aurait fait tout bon français, l’aide à se relever, l’assoit à côté de nous et lui commande un verre. Bon, va falloir faire avec ce type qui sort de nulle part. Décidément, c’est ma journée des bizarreries.

– Ben, on peut reparler du titre de cet album ? Ça sonne comme une annonce de revanche, du genre « gare à vos culs, on est encore là ». C’était déjà un peu le cas avec « Back From The Abyss », non ? C’est l’énergie de l’adversité qui vous fait avancer ?

– Revanche je ne sais pas, mais on a eu du mal à le mettre sur les rails celui-là (ndr : et de rails, c’est le clodo qui s’en tape un de la longueur de la table, peinard, comme si de rien n’était). On ne tourne plus autant qu’avant et il faut donc qu’on bosse, ce qui, tu t’en doutes, vient ralentir la création. Bon, on ne va pas se plaindre non plus, mais ça explique le temps entre les deux albums.

– Donc après la remontée des abysses, le goblin n’a pas perdu son mordant… Ah ah !

J’avais à peine fait gaffe au vieux, qui avait chopé une gratte et s’était mis à jouer des airs impossibles à reconnaître… jusqu’à ce qu’il se mette à chanter.

– Merde mais il chante comme…

– Lemmy, ouais je sais. C’est dingue hein ? Il fait ça tout le temps… Bon, ça n’est pas que je veux te virer, mais il y a d’autres mecs de la presse qui vont arriver…

– Oui, désolé, si je ne m’étais pas paumé, nous n’aurions pas perdu autant de temps. Merci pour le temps accordé, à la prochaine !

Je ne sais pas si j’ai halluciné la scène d’après, mais je suis sûr d’avoir entendu Ben dire « allez ‘pa, on y va maintenant, t’as failli te faire griller par le bleu », « oh ça va, si je ne peux même plus jouer mes propres morceaux dans un troquet maintenant… »

ORANGE GOBLIN, en digne héritier de Dieu lui-même, fait preuve d’un beau retour en forme et « The Wolf Bites Back » est un des albums plus aboutis de la bande à Ben Ward, grâce à une belle diversité. Papa serait fier de ce disque.

ARTISTE : ORANGE GOBLIN
ALBUM : « The Wolf Bites Back »
DATE DE SORTIE : 15 juin 2018
LABEL : Candlelight Records
GENRE : Rock’n’roll
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Last modified: septembre 24, 2018

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