Chroniques

Published on May 4th, 2018 | by Yannick K.

0

SUNNATA “Outlands” (S/R 2018)

Imaginez. Imaginez que vous êtes le capitaine Willard en quête du Colonel Kurtz. A bord de votre frêle esquif, vous remontez ce maudit fleuve, dans cette jungle embrumée, claustrophobique, étouffante; seul, désemparé, à l’affût du moindre danger. Cette quête maudite, c’est votre lente et lancinante descente aux enfers. Ce périple, c’est votre introspection où les confins du fleuve sont l’antre de la folie, votre Kurtz à vous, l’épicentre de votre démence.

L’écoute du SUNNATA troisième du nom, c’est être le capitaine Willard. C’est se repasser l’album. Encore et encore. Pour y dénicher le moindre détail ouvragé et vous enivrer de cette construction de la névrose, étrangement addictive.

Méticuleux, voire maniaque, Sunnata agit sur tous les plans pour que le réel se dérobe lentement mais sûrement sous vos pieds : le groupe distille son ambiance mystérieuse et occulte par des guitares bipolaires qui viennent souffler le chaud et le froid, tantôt finement piquées et étranges, tantôt musclées et poisseuses. La syncope, quant à elle, constitue l’ossature de la rythmique et, associée à un son de basse aussi ingénieux qu’inquiétant, déchiquète votre cerveau tel un virus. Le mal absolu.

Mais ce n’est rien comparé au(x) chant(s). Multiple, il est schizophrène. Appuyé par d’innombrables effets d’écho, SUNNATA psalmodie, souvent à répétition («Outlands») pour renforcer son pouvoir occulte sur votre entendement. A ne pas y prendre garde,  l’envoutement est total, au risque de s’aventurer dans les limbes de l’aliénation. Quand il devient impératif, il est messianique (« The Ascender ») et vous emporte définitivement. En fin de compte, que trouverez-vous au bout de l’expérience ? Malins, les polonais vous interrogeront sur votre condition humaine grâce à une lamentation doom («Hollow Kingdom») qui ne vous laissera pas indemne.

Même si les mélodies paraissent quelque fois convenues, on ne pourra rien reprocher à ce disque car c’est l’ensemble qui prévaut ici. Pour le successeur de Zorya paru en 2016, le  groupe a façonné un monolithe qui s’apprécie comme un tout, une œuvre entière (intro et interlude comprises), ajoutant une réussite supplémentaire à leur discographie sans fausses notes. C’est le résultat d’un travail impressionnant, notamment sur le chant et les ambiances qui ne peut laisser indifférent. C’est dans une perte de nos repères habituels, que s’insinue la folie. Tout le disque mène à cela. Une fois celle-ci installée, SUNNATA nous balade et nous manipule à l’envi, prolongeant la noirceur du doom vers des territoires (les « Outlands ») sonores encore inexplorés. Apocalypse (mentale) maintenant.

ARTISTE : SUNNATA
ALBUM: “Outlands”
DATE DE SORTIE : 23 mars 2018
LABEL : Auto-produit
GENRE : Post-sludge / metal alternatif
MORE : Facebook / Bandcamp


About the Author

Yannick K.

Fait le grand écart entre kung fu old school et le rock sous toutes ses formes. Pense que Dieu serait tellement plus crédible (et badass) si c'était Iggy en disciple shaolin maniant aussi bien le nunchaku que la six cordes. En attendant il prêche pour THC.



Leave a Reply

Back to Top ↑