Chroniques

Published on November 4th, 2017 | by Razort

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WOLVES IN THE THRONE ROOM “Thrice Woven” (Artemisia Records 2017)

Il est toujours difficile de parler d’un groupe qu’on aime et respecte depuis des années, alors que celui-ci décide de prendre un virage musical risqué. Difficile pour moi de poser un avis tranché sur Thrice Woven, nouvel opus des américains WOLVES IN THE THRONE ROOM. Six ans après l’incroyable Celestial Lineage, album qui marquait la fin d’une trilogie entamée depuis leur chef-d’oeuvre Two Hunters, l’heure est au changement…

Une fois encore, les frères Weaver se sont entouré de grands noms pour proposer quelque chose de neuf, de grandiose et raffiné : toujours produit par Randall Dunn (Earth, Boris, Sunn O)))), avec des collaborations au chant de Anna von Hausswolff et Steve Von Till, une fascinante pochette réalisée par Denis Forkas (Behemoth, Kruger) et un artwork mis en valeur par Metastazis (Blut Aus Nord, Paradise Lost, Alcest)… Mais qu’en est-il du son ?

Le titre d’ouverture “Born From the Serpent’s Eye” nous fait rentrer en un rien de temps dans le nouvel univers des Loups. De douces sonorités acoustiques laissent place à un mur de guitares et bientôt de blast beats, mêlé à des clavier très présents et ces mélodies aériennes typiques du groupe. Mais la production a grandement changé. Tout est plus… “audible”. Et lorsqu’on arrive sur la fin du morceau, on croirait entendre une formation de black metal norvégien lambda. Mais ô surprise : le silence total, puis un chant au léger accent suédois fait son entrée… L’apparition d’Anna von Hausswolff, peu à peu rejointe par des choeurs féminins, marque un changement brutal pour former un ensemble majestueux, lent et planant, qui nous emmène dans les Montagnes Olympiques, pour finir en apothéose. L’honneur est sauf.

Plantez un décor dans votre esprit : la voix grave de Steve von Till accompagnée d’une guitare et du crépitement d’un feu de bois, quelque part dans une forêt, sous un ciel étoilé et le silence de la nuit. “The Old Ones Are With Us” est une ode céleste aux esprits qui hantent ces montagnes, invoqués cette fois par des choeurs masculins annonçant la fin de l’hiver. On frise le pagan black, lorsque les claviers se superposent à des riffs massifs, lents et oniriques… Mais l’identité de WOLVES IN THE THRONE ROOM demeure intacte par on-ne-sait quel procédé magique.

La transition vers “Angrboda” est ainsi amorcée. Ce morceau tourne autour de la mythologie nordique et de cette géante de glace, femme de Loki et mère du loup Fenrir, un choix étrange pour un groupe – américain – habituellement à mille lieues de ces thématiques. Enfin, “Fires Roar In The Palace of the Moon” nous emmène au bout de notre quête, un titre brutal et sulfureux qui comporte de nombreuses plages atmosphériques, renouant avec l’esprit de leur “Cascadian black metal”. 

Au final, mon verdict reste mitigé. Tout me semble plus simple, plus accessible. Peut-être est-ce dû au fait que le groupe a gagné en popularité depuis la sortie du précédent album. Quelque chose a changé dans leur façon de procéder, et pas seulement sur scène (de trois membres ils sont désormais passés à cinq). Une mutation s’opère, et malgré un savoir-faire encore bien présent, on ne ressent plus totalement la beauté des anciennes thématiques du groupe, ce côté froid, spirituel, axé sur la nature du Nord des Etats-Unis, qui me paraissait aussi plus sincère. Mais par dessus tout, c’est la durée de l’album qui me frustre : à peine trois quarts d’heure, tout juste le temps d’appréhender l’album et déjà c’est terminé. Pourtant, Thrice Woven reste un album d’une beauté inqualifiable, qui mérite un intérêt tout particulier ne serait-ce que pour tous ces nouveaux éléments et cette page qu’ils ont décidé de tourner. Plus poétique, plus posé, plus expérimental, et en même temps plus simple mais toujours aussi excellent et bestial.

 
ARTISTE : WOLVES IN THE THRONE ROOM
ALBUM : “Thrice Woven”
DATE DE SORTIE : 22 septembre 2017
LABEL : Artemisia Records
GENRE : Black metal atmosphérique
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About the Author

Razort

Dessinateur un peu dérangé quand on me donne un crayon, chevalier de la bière lorsque j’enfile mon armure sur scène, étudiant bordelais le reste du temps, en chasse perpétuelle de nouveaux concerts pour en relater des souvenirs plus ou moins flous.



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