ORANGE GOBLIN « On s’en fiche de sonner rétro, on laisse ça aux groupes qui savent y faire. »

BeehoWritten by Interviews

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Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ORANGE GOBLIN ne chôme pas depuis la sortie de l’excellent « A eulogy for the damned » en janvier 2012, enchaînant tournées internationales et festivals métal à gogo. Depuis peu, les médias ne tarissent plus d’éloges sur ce groupe qui est pourtant le porte-flambeau de la nouvelle scène heavy métal britannique depuis près de 18 ans. 18 ans d’ailleurs, et pas une fois le groupe n’avait mis les pieds en France en temps que tête d’affiche. Le tir a heureusement été corrigé au mois de juin, avec cinq dates en salles qui ont affiché complet, et qui ont laissé entrevoir au groupe un échantillon de l’amour que leur portent les Français. Le concert à Toulouse a été l’occasion pour moi de m’entretenir avec le titanesque frontman Ben Ward et l’usine à grooves que l’on nomme  Martyn Millard. Dit comme ça, ça paraît intimidant. Encore une fois, les apparences sont trompeuses, car c’est avec deux vrais gentlemen que j’ai passé près de 20 minutes à faire le bilan sur l’année idylique qu’ils viennent de passer

Ok, commençons avec une question promo, qui sera d’ailleurs la seule de cette interview. Pourquoi est-ce que « A Eulogy for The Damned » est un album que les gens devraient se procurer fissa ?

Martyn Millard (bassiste) : Je pense que c’est une combinaison de tout ce qu’on a fait jusqu’à présent, et le fait qu’on soit plus vieux et un poil plus sages. Le procédé d’enregistrement et les compos sont donc un peu plus matures.
Ben Ward (chanteur) : Toute l’approche autour de cet album a été beaucoup plus professionnelle cette fois-ci, comme si c’était notre dernière chance de pouvoir montrer ce qu’on sait faire. Ça nous a donné un nouveau souffle, vraiment. Et grâce à ça, nous sommes en ce moment en train de tourner et faire le tour du monde. Aujourd’hui, on vit de notre musique grâce au succès de « A Eulogy For The Damned ».
Martyn Millard : C’est assez vrai. Si le succès de l’album n’était pas ce qu’il est, on ne serait pas là à l’heure qui l’est.
Ben Ward : Je crois qu’on devait se sentir coupables d’avoir voulu à tout prix donner un son rétro à nos albums, alors avec celui-ci, on a juste voulu qu’il ait le meilleur son possible, tu vois ? Je m’en fiche qu’on sonne rétro ou qu’on enregistre en analogique, je laisse ça aux groupes qui savent y faire comme Graveyard, Witchcraft… On est allés en studio et on a profité de la technologie. Je suis sûr que si Black Sabbath ou les Beatles avaient pu utiliser Pro Tools à l’époque, ils l’auraient fait !

Je suis sûr que si Black Sabbath ou les Beatles avaient pu utiliser Pro Tools à l’époque, ils l’auraient fait ! 

Et je pense que c’est précisément ça qui démarque cet album du reste de votre discographie. Le son est vraiment très rond et puissant…

BW : On a bossé avec un jeune qui s’appelle Jamie Dodd, c’était la première fois qu’il travaillait sur un album métal. Il est très jeune et à la fois super enthousiaste !
MM : Il a apporté un regard neuf sur notre travail. Il aime le métal, mais il a surtout bossé sur de la musique pop et indie, il n’avait jamais travaillé sur un album métal avant. Il avait des idées neuves et a réussi à nous convaincre, il nous a fait comprendre qu’une paire d’oreilles neuves est toujours bonne à prendre… (à Ben) Est-ce qu’il était fan du groupe avant ça ?
BW : Je crois qu’il n’avait jamais entendu parler de nous.

C’est encore mieux !

BW : Il nous a dit qu’il était super fan de Metallica, et qu’il écoutait des trucs comme Mastodon ou High On Fire. Quand on l’a rencontré en studio pour enregistrer cette reprise de Black Sabbath pour une compilation, on a accroché direct, il avait tout ce qu’on recherchait. Bosser avec des producteurs qui sont déjà dans le métal peut parfois être problématique, dans le sens où tout finit par sonner à l’identique pour eux. Alors que pour lui, c’était une toute nouvelle expérience.
MM : Il a dit qu’il avait le son qu’on cherchait. Et au final, l’album sonne exactement comme ce qu’on avait en tête.

Donc ça veut dire que vous allez sûrement refaire appel à lui dans le futur ?

BW : Je crois, oui. On serait vraiment bêtes de ne pas le faire ! On ne change pas une équipe qui gagne.

Depuis le lancement de la tournée promo pour « A Eulogy For The Damned » il y a un an, vous n’avez pas arrêté de parcourir le monde… 

BW : Quand l’album est sorti il y a un an, on était au taquet. On a fait une tournée au Royaume-Uni, puis un paquet de festivals en 2012 comme le Hellfest, le Bloodstock en Angleterre, le Sonisphere en Espagne…

Et vous avez plus récemment joué dans des festivals internationaux comme le Soundwave en Australie…

BW : Ouais, en janvier on est allés en Australie, aux States et au Canada, maintenant on fait l’Europe et on repartira bientôt au États-Unis… Tu sais, c’est notre boulot maintenant ! On doit bosser dur, et le meilleur moyen d’en vivre c’est de tourner et de vendre du merch. Les gens n’achètent plus vraiment de disques avec le téléchargement, et ça a des conséquences sur les groupes comme nous. Si tu t’appelles U2, Radiohead ou Coldplay, tu peux te permettre de donner des albums ou de supporter le téléchargement, car au final tu gagneras toujours ta croûte.

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Orange Goblin devant leur parterre de fans US (Photo : O.G.)

Un morceau qui représente notre vie en tournée ? « We are the road crew » de Motörhead !

Quel est l’endroit qui vous a le plus fait kiffer sur cette tournée ? 

MM : L’Australie ! On y était jamais allés, et on a été super bien traités, comme n’importe quel autre groupe. Le temps était superbe, les concerts ont été géniaux, c’était un vrai :rêve éveillé.
BW : C’était tellement énorme de jouer au Soundwave Festival, et comme l’a dit Martyn, tous les groupes étaient mis sur un pied d’égalité. On a pris l’avion avec Slayer et Anthrax, on a fait un barbecue avec James Hetfield de Metallica le premier soir à Brisbane… On s’est senti spéciaux ! C’est mon moment phare de l’année, pour l’instant.

Et vous avez même fait une interview dans l’eau à Sydney. C’était l’idée de qui ? 

BW : Ah oui, pour Soundwave TV…
MM : Je pense qu’ils voulaient juste nous voir à poil ! (rires)
BW : On avait un jour de repos, et on nous avait parlé d’une jolie petite plage pas loin du Harbour Bridge. L’un d’entre eux a proposé d’y faire une interview. Ils nous ont pris par la barbe et nous ont amenés là-bas, que demander de plus ? C’était cool, parce que quand on est en tournée, on a jamais le temps de se balader. On arrive à la salle, on balance, ensuite on rentre à l’hôtel jusqu’au lendemain… Ce jour de repos où on a pu traîner dans Sydney et voir le Harbour Bridge, c’était vraiment un super moment pour nous.

Si vous deviez choisir UN morceau qui représente votre vie en tournée… 

BW : « We are the road crew » de Motörhead ! (rires)

Si vous aviez la possibilité de tout recommencer, est-ce que vous changeriez quoique ce soit dans votre carrière ?

BW : Je ne pense pas. On ne regrette rien, car rien n’arrive par hasard. Tu vois, quand on a démarré le groupe, on n’aurait jamais pensé qu’on tournerait dans le monde entier et qu’on ferait tout ce qu’on fait. On aurait été heureux d’enregistrer et faire quelques dates locales. Mais l’évolution a été rapide, et on s’est fixé des objectifs. On a fait une démo puis on a été signés, ensuite on a commencé à tourner, on a enregistré notre premier album… On ne voulait pas s’arrêter là ! On a vraiment de la chance de pouvoir faire ce qu’on fait…

Donnez-moi le nom de trois groupes britanniques que vous aimeriez voir décoller.

BW : Notre ancien guitar tech joue dans un groupe qui s’appelle Age Of Taurus, j’aimerais bien les voir prendre de l’envergure, je pense qu’ils le méritent.
MM : Gentlemans Pistols est aussi un super groupe.
BW : Et puis, il y a ce petit groupe du nom de The Who, mais tu en as sûrement entendu parler. (rires)

Quel est le concert le plus marquant auquel vous ayez assisté en tant que fans ?

BW : Quand j’ai vu les Pink Floyd en 1994, ça a changé ma vie. Et puis, il y a eu ces deux concerts que Black Sabbath a fait en 1997 à Birmingham pour la reformation du groupe. On a eu la chance d’avoir des places pour les deux shows, et j’ai pu voir Black Sabbath avec Bill Ward, c’était vraiment spécial.
MM : Ouais c’était deux super concerts. Les gens ont totalement pété les plombs…

Question tordue : Roadburn ou Desertfest ?

BW : Le Desertfest est un tout nouveau festival et on connaît les mecs qui organisent, ils sont vraiment très passionnés par ce qu’ils font, ils ont fait un super boulot sur les deux éditions. En 2012, ils ont eu Corrosion of Conformity, Church of Misery, et cette année, ça a encore pris de l’ampleur avec une nouvelle salle et plus de festivaliers. Ça a attiré des groupes comme Pentagram, Unida… Je pense que ce festival va encore évoluer avec le temps. Et puis, avoir un évènement comme ça à Londres, c’est super. Le Roadburn est en place depuis des années… En 98, lorsqu’on y a joué pour la première fois, il n’y avait que quatre ou cinq groupes à l’affiche. On a vu ce fest grossir pour devenir ce qu’il est aujourd’hui, et je pense même qu’ils pourraient le déplacer sur un site plus grand. C’est plus que du stoner rock, il y a du black métal, du punk… Je crois que je ne peux tout simplement pas choisir entre les deux !
MM : LE HELLFEST ! (rires)

Bien joué ! En plus, je pense que cette réponse fera plaisir à pas mal de monde… 

BW : Ouais, le Hellfest est sûrement le meilleur festival au monde. C’est juste incroyable. Et chaque année, tu te demandes « mais comment ils font pour avoir un meilleur lineup ? ». Chaque année est meilleure que la précédente.

Le Hellfest est sûrement le meilleur festival au monde. C’est juste incroyable.

Quels sont les groupes que vous avez écouté tout dernièrement et qui vous ont fait kiffer ?

BW : Le plus connu est l’album « Earth Rocker » de Clutch. Il y a le dernier Church Of Misery, le dernier ASG « Blood Drive ». J’aime aussi le nouvel EP de The Gates Of Slumber, les derniers Cathedral, Purson…
MM : Hmm, quoi d’autre ? J’aime beaucoup le dernier Ghost.
BW : J’ai toujours pas écouté le dernier album de Black Sabbath. Tout le monde dit qu’il est très bon, que la batterie est très basique mais que les riffs sont excellents.

Je suis assez d’accord. Ce n’est sûrement pas le meilleur album de Sabbath, mais c’est un très bon album de heavy métal.

BW : C’est toujours mieux que ce que font pas mal de groupes !

Je vais interviewer Neil Fallon de Clutch demain après-midi, et je sais que vous avez passé plusieurs mois ensemble en tournée cet hiver, et que vous étiez à Bilbao hier soir (NDLR : au Kristonfest). Il y a un truc que vous aimeriez lui dire ?  

MM : Dis lui juste qu’on s’excuse platement pour nos amis anglais bourrés hier soir, et pour ces trois derniers mois. On a pas arrêté de taper sur les nerfs de Neil… (rires)

Bizarrement, la France est l’un de ces pays où on a rarement tourné en 18 ans de carrière. 

Je vous laisse le mot de la fin !

BW : J’aimerais vraiment en profiter pour remercier les groupes qui ont joué avec nous en France. Bizarrement, la France est l’un de ces pays où on a rarement tourné en 18 ans de carrière. C’est super d’être enfin ici et de jouer pour tous ces gens, j’ai vraiment été scotché par l’accueil du public chaque soir. Des petites salles mais un public vraiment enthousiaste, c’est juste super !
MM : On ne sait vraiment pas pourquoi en 18 ans, on a joué que 5 shows en France. Je ne me l’explique pas. Pourtant, il y a un marché pour le métal underground et le stoner ici, donc… Il n’y a aucune raison pour qu’on ne revienne pas très vite, tu vois, après l’été. (Ben est en train de s’étouffer) S’il ne meurt pas avant. (rires)
BW : Oui, si je ne m’étouffe pas à en crever.

Vous revenez en France quand vous voulez ! 

BW : J’espère bien, on a envie de venir jouer dans des villes qu’on a pas encore fait, comme Bordeaux, Marseille, Nice, Lyon…

Dis donc, t’es plutôt calé en géographie française…

MM : C’est à cause du foot ! Il cite des noms d’équipes de foot ! (rires)

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Last modified: février 16, 2014

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