Apéro dans l’herbe avec les sludgers canadiens BISON

BeehoWritten by Interviews

BISON-BC

Parfois le hasard fait bien les choses. Un copain bien intentionné vous fait découvrir un groupe dont vous aviez vaguement entendu parler, vous finissez par trouver leur musique démente, et ô hasard, l’annulation fortuite de High On Fire au Hellfest met ce groupe sur votre chemin de façon complètement inattendue. Voilà comment j’ai découvert, aimé, et rencontré BISON en moins d’un mois. Ce groupe sludge ultra-violent de Vancouver a écumé les moindres rades du vieux continent aux côtés de Black Cobra et Årabrot, pour enfin finir sa course sur la Valley Stage du Hellfest 2013. Après qu’ils aient littéralement explosé les tympans du public et fracassé une basse en mille morceaux sur scène, j’ai retrouvé deux des membres du groupe dans les jardins VIP du festival, quelque part entre un concert de Saxon et « The Final Countdown » de Europe. Le moins que l’on puisse dire, c’est que James et Matt n’ont pas leur langue dans la poche, leur franc-parler étant servi par un attitude très cool et un sens de l’humour assez particulier. Apéro dans l’herbe avec BISON…

 

Mais avant toute chose… 

Alors, c’était comment ce concert sous la tente de la Valley ? 

James (guitare & chant) : C’était super ! C’était la dernière date de notre tournée européenne, et ça s’est vraiment terminé en beauté.

Ouais le public a été super réceptif, je suis sûre que pas mal de gens vous ont découvert ce matin.

James : Exactement ! On doit en profiter et jouer à fond. Et puis c’est tellement cool d’avoir cette grande scène où on peut évoluer et faire les cons, jeter des bières dans la fosse et tout…

Vous venez de boucler la tournée avec Black Cobra, comment ça s’est passé dans l’ensemble ?

James : C’était génial… (On aperçoit alors Matt, le batteur, qui était parti chercher des shots des Jägermeister au bar)

Et après ça, vous allez repartir en tournée ? 

James : Et après ça, on va enregistrer de nouveaux morceaux pour le nouvel album. Dan, notre gratteux, attend un enfant pour mi-août, donc on va le laisser « chier son gosse » et en profiter un peu… Oui, c’est comme ça qu’on dit au Canada !
Matt (batteur) : Tu viens de chier ton gosse, félicitations ! (rires)
James : Ouais, donc on va faire tout ça avant la fin de l’année. On a plus le gros budget de Metal Blade Records, donc à mon avis, on va juste ramener un ghetto blaster en répèt, appuyer sur « Rec » et sortir ça. Bref.
Matt : Et tout le monde le détestera ! C’est le plan.

Donc concrètement, vous partez en auto-production. 

M : Ouais, on va rentrer chez nous, retourner au boulot et économiser de la thune. Et nos femmes nous haïront pour avoir mis tout notre argent dans le groupe…
J : Comme un groupe qui bosse. On rentre, on fait un peu de thunes et on enregistre. On ne mendie pas d’argent sur Internet.
M : On emmerde Kickstarter et tout ceux qui sont là-dedans !
J : Ouais, qu’ils aillent tous se faire foutre ! Je vais rentrer chez moi, aller à mon putain de taf, économiser de l’argent et enregistrer le putain de prochain album, voilà comment ça va se passer ! COMME UN ADULTE ! (rires)

On emmerde Kickstarter ! Je vais rentrer chez moi, aller à mon putain de taf, économiser de l’argent et enregistrer le prochain album, voilà comment ça va se passer ! 

Vous faites quoi dans la vie ? 

J : Je suis aide en psychiatrie. Matt et Masa le sont aussi. Dan est le seul qui ne bosse pas dans le social.
M : Il est futur père.
J : Et sans emploi. Ce qui est autorisé au Canada, parce que si tu as des enfants, on te paye. On a tellement de grands espaces à remplir… « Félicitations, tu ne sais pas comment utiliser une capote, tiens, voilà de l’argent ! » (rires)
M : On est très libéraux au Canada… Les capotes sont prohibées.

Et c’est comme ça que vous vous êtes rencontrés ? Au boulot ?

J : Non, par la musique, en allant aux concerts et en traînant avec les groupes des uns des autres…

BISON-band

Vous avez sorti combien de disques chez Metal Blade Records ?

J : « Quiet Earth », « Dark Ages » et « Lovelessness ». Mais ils nous ont plus ou moins entubé sur « Lovelessness », en nous lâchant à mi-parcours, donc je ne crois pas que l’album ait eu l’accueil qu’il méritait.

D’une certaine manière,  jouer en Europe récemment a dû aider…

J : Oui, l’accueil du public sur les derniers morceaux a été très positif !
M : Merci l’Europe !
J : Voilà notre nouveau plan de carrière, juste tourner en Europe… (rires)
M : Le public est très reconnaissant et accueillant, on est soutenus ici. Je veux dire, le Canada c’est super, mais on dirait que personne n’en a rien à foutre de nous en Amérique. Donc ouais, on reviendra.

Qu’en est-il de la scène musicale à Vancouver ?

M : Et bien laisse moi te dire une chose, elle est géniale.
J : Elle est en pleine expansion à l’heure actuelle ! Il y a un élan général qui va dans le bon sens. Les gens essaient de construire une communauté musicale solide, dans cette ville où il n’y a pas vraiment d’endroits pour jouer. C’est un bon début, il y a de bons groupes.
M : Il y a une très bonne scène punk et métal, authentique. Les gens jouent parce qu’ils aiment ça, et il y a un grand sens de la communauté.
J : La plupart du temps, oui. Tu vois, c’est pas ce genre de scène musicale cloisonnée. Bien sûr, il y a des connards qui jouent pour les mauvaises raisons, mais il faut ça pour qu’il y ait un équilibre. Et même les connards doivent nous inspirer, pas vrai ?

La scène musicale de Vancouver est en pleine expansion à l’heure actuelle ! 

Haha, ils sont sûrement une grande source d’inspiration ! En parlant de ça, dans votre bio vous dites que si votre musique est si sombre, c’est dû à l’endroit d’où vous venez ? Pourquoi ça ? 

J : J’aime ma ville, mais c’est toujours cette histoire des riches qui s’enrichissent et des pauvres qui s’appauvrissent… Ça peut être éprouvant et difficile par moments.
M : Mais c’est une bonne chose pour l’art. Pour moi, c’est facile de plonger dans l’obscurité… (James nous interrompt et nous dit de nous tourner pour regarder des filles à moitié nues sur des échasses) 
J : Tu vois ? Ce genre de choses n’aurait jamais lieu à Vancouver. Les femmes de Vancouver, elles peuvent faire deux mètres, mais elles ne sont pas aussi grandes. (rires)

Et elles ne portent pas des culottes en skaï… 

J : Oh pour le peu qu’il y a… Ou peut-être que c’est une question de climat ? Je sais pas, mais elles sont rarement aussi grandes.

Bienvenue en France !

M : Ouais, c’est cool d’être ici. Allez, assez parlé de Vancouver, parlons des choses telles qu’elles sont ici.
J : Donc voici le Hellfest, c’est notre première fois ici et on a un peu le tournis. Il y a tellement de monde !

Ouais, le Hellfest rameute un sacré paquet de gens différents. 

M : Très éclectiques… Comme la programmation !
J : Encore une chose qui diffère de l’Amérique, c’est qu’ici, des communautés très différentes se rassemblent. En Amérique, c’est toujours le même genre de personnes. Tu vois ce que je veux dire ? On ne pourrait pas avoir un tel festival là-bas.

Je pense aussi que le Hellfest est assez unique en Europe, dans le sens où leur programmation touche à tous les styles de métal. Tu as du hardcore, du death, du black metal, du stoner, des trucs commerciaux…

J : Des trucs commerciaux ! Mec, c’est ton truc ça, pas vrai ? (rires)
M : Comme 3 Doors Down qui joue juste avant Down !
J : C’est incroyable de voir notre groupe jouer dans le même festival que 3 Doors Down et Europe. J’adore !

Au fait, vous avez vu des concerts aujourd’hui ? Vous avez prévu de voir des trucs avant de partir ? 

J : On est allés voir Saxon, c’était fantastique. On a aussi vu Aura Noir. J’aimerais bien voir Pallbearer et At The Gates…
M : Kreator !

Pas de Sleep ou Neurosis ?

M : Toi, tu veux voir quoi ?

Sleep et Neurosis. (rires) Pallbearer aussi, et peut-être Terror…

J : J’ai perdu contact avec la nouvelle scène hardcore, donc en dehors d’Agnostic Front, Sick Of It All, Negative Approach, je ne sais plus trop ce qu’il se fait maintenant. Dans les années 90, j’étais à fond dedans !

Si t’es cool, alors c’est BISON. Le BC, c’était des conneries juridiques, et on n’a plus besoin de s’en occuper maintenant.

Bon, on vous a sûrement déjà beaucoup posé cette question mais : le nom du groupe, c’est BISON ou BISON BC ?

Ensemble : BISON.
J : Si t’es cool, alors c’est Bison. Le BC, c’était des conneries juridiques, et on n’a plus besoin de s’en occuper maintenant. (À ce moment précis, un gars nous rejoint dans l’herbe) Oh, et voici notre cher ami Kjetil d’Årabrot, avec qui on a tourné avec Black Cobra ! Ils sont fantastiques. C’était très rafraichissant de tourner avec ces mecs.

Je ne connais Årabrot que de nom. James, il me semble que tu portais leur t-shirt sur scène ce matin ? 

J : Parce que je veux que le monde connaisse Årabrot ! Cette tournée a été de loin la meilleure que j’ai faite en Europe. Et j’ai envie de faire plus de ce genre de festival, parce que jouer dans des petites salles, ça n’aide pas pour se faire connaître quand on est un petit groupe comme le nôtre, tu vois ? Avec un peu chance, on a montré à quelqu’un ici qu’on avait du potentiel…

En parlant de ça, il y a un truc que j’aimerais savoir. Ça lui prend souvent, à votre bassiste, d’exploser sa basse sur scène ? 

Ensemble : À chaque show…
J : On cherche un sponsor qui pourrait nous filer des basses en illimité…

Parce que quand j’ai vu ça, je me suis dit « oh, elle doit pas être bien chère de toute façon »… 

M : Elle ÉTAIT super chère, genre 3000 dollars, genre une Fender Jazzmaster des années 60…
J : Non non, elle a été fabriquée artisanalement par un moine tibétain sur l’Himalaya, et bénie par un dieu, quelque part… (rires)

 Le live, c’est visuel, c’est censé être plus transcendant et impliquant. C’est pour ça qu’on fait les cons…

Ah ouais, donc les gens qui en ont récupéré les morceaux doivent être super contents à l’heure qui l’est ! 

J : Je pense qu’on va la retrouver sur Ebay demain !
M : C’est tout ce qu’on a pour nous. Je suis sûr que la musique était atroce, mais si il y a un truc dont les gens se souviendront, c’est qu’il a explosé sa putain de basse.
J : La performance, c’est la clé quand tu tournes. Ça n’a rien à voir avec l’art du studio, si tu veux m’entendre jouer comme sur l’album, alors t’as qu’à écouter mon putain d’album. Le live, c’est visuel, c’est censé être plus transcendant et impliquant. C’est pour ça qu’on fait les cons…

Et vous savez y faire !

J : Haha, merci ! « On sait bien faire les cons ».
M : Mec, ça résume bien le truc. (rires)

Ok. Dernière question : quels sont les albums que vous avez écouté récemment et que vous avez envie de faire découvrir aux gens ?

M : Je vais remettre Årabrot sur le tapis ! Leur nouvel album « Solar Anus ». Restez au courant de ce qui se fait, les enfants !
J : J’ai écouté le nouveau Deftones et je l’ai trouvé très bon. Il y a aussi l’album « Lava » de Sludge.
M : Incantation, « Onward To Golgotha ». C’est un album que j’ai ré-écouté après plus de vingt ans. (On termine la discussion en échangeant nos coups de coeur, Matt et James voulant en savoir plus sur la scène stoner française)

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Last modified: janvier 30, 2018

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