COLOUR HAZE + THE DEVIL AND THE ALMIGHTY BLUES @ Petit Bain (Paris, 06.05.19)

Sylvain GolvetWritten by À la une, Live Reports

On peut parler de vétérans : cela fait 25 ans que Colour Haze est sur les routes pour délivrer sa dose de rock psyché. Et c’est un set anniversaire qui sert de prétexte à une nouvelle série de concerts européens, même si les shows de COLOUR HAZE sont souvent des prétextes à revisiter cette longue carrière. Ils sont accompagnés ce soir d’un groupe moins expérimenté mais pas pour autant dénué de métier, THE DEVIL AND THE ALMIGHTY BLUES vient de publier son troisième album et ils vont placer la soirée sur le thème du blues.

C’est même au son d’un negro spiritual que le quintet entre sur scène, pour marquer d’emblée l’esprit. The Devil… a beau venir de Norvège, son regard est complètement tourné vers l’autre côté de l’Atlantique, vers le delta du Mississippi pour être plus précis. Car tel les Blues Brothers en leur temps, les membres de THE DEVIL AND THE ALMIGHTY BLUES sont en mission pour le seigneur. Un seigneur nommé blues, auquel ils ont dévoué leur musique et qu’ils comptent bien délivrer à ses adeptes de la façon la plus directe possible : en la jouant. Dès Salt The Earth, l’ouverture de leur récent Tre, les bases de leur rock lent et hanté sont posées. Sur un tapis de riffs doublés à deux guitares, le groupe étend son propos, le laisse durer sans que jamais ça ne semble lourd. Pas de jams étirés ou de soli à rallonge, plutôt une narration développée qui s’installe et évolue, avec ses ruées et ses accalmies, et qui surtout ne demande qu’à exploser. Et c’est là la force du combo, c’est de construire ses morceaux comme autant d’occasions de construire des montées d’intensité progressives qui se déploient au final dans l’esprit cathartique du blues originel, comme sur le terrible Time Ruins Everything ou le poignant The Ghosts Of Charlie Barracuda, qui est clair à ce propos : « Hiding behind every smell / Hiding behind every song / Hiding behind every gift / Here be ghosts / Here be dragons ». Et oui, le secret derrière le blues ce sont les démons dans le coeur des hommes et des femmes qui en jouent.

De la voix rocailleuse du chanteur à la Rod Stewart (entendu peu de temps avant le set dans les enceintes de la salle) au son raw des guitares, tout semble être ici délivré dans une démarche d’authenticité qui ne sonne jamais fausse ou laborieuse. Le groupe évite l’écueil de sonner cliché ou formulatif, défaut qui habite pourtant pas mal de formations stoner blues. Ce son-là nous rappelle un peu Graveyard et beaucoup Witchcraft dans une version encore plus roots.

La formule blues de COLOUR HAZE est, elle, beaucoup plus transformée. Clairement plus portée vers sa forme fusionnée, c’est chez Santana ou Weather Report que les Allemands se tournent, tout en conservant des éléments stoner typiques. Un aspect jazz rock accentué ce soir par le nouveau membre du groupe au clavier, apportant un son plus rond et une touche plus psychédélique. Le risque c’est par contre de tomber dans le jam rock pantouflard qui s’écoute jouer. Mais Colour Haze a toujours su à notre connaissance rester sur la corde raide et de pas tomber du mauvais côté.

Néanmoins, on met quelques dizaines de minutes à rentrer dedans, peut-être parce qu’on entendra encore une fois She Said, morceau très beau mais déjà beaucoup joué ces dernières années. La suite se compose de morceaux du dernier opus In Her Garden, pas forcément le plus mémorable mais apportant un peu de nouveauté. Ça ronronne un peu mais on se laisse bercer néanmoins, alors que les morceaux s’enchaînent sans plus de dialogue avec le public (ce dont s’excuse Stefan sans que la foule lui en tienne rigueur, elle n’est pas venue pour ça).

Sur scène comme dans les enceintes, le clavier se fait discret mais présent et grâce à une disposition changée, on peut mieux visualiser la dextérité de Manfred Merwald à la batterie, l’un des meilleurs musiciens de la scène heavy. Et heavy, le concert va le devenir petit à petit, au plus grand plaisir du public qui fait un triomphe au quatuor grâce au maintenant classique Tempel et au rappel Love arraché par les demandes des spectateurs malgré un couvre-feu dépassé. Un peu de rab bienvenu et qui confirme la force scénique de ce groupe qui gagne toujours les suffrages et les sourires des personnes venues les applaudir. Faut dire qu’ils ont du métier (bordel, 25 ans !).

Merci à Garmonbozia pour cette soirée ! 

Last modified: mai 13, 2019