BARONESS « Gold & Grey » (Abraxan Hymns 2019)

Yannick K.Written by Chroniques

« Sérieux, Baroness, c’était mieux avant… Je me souviens encore quand ils jouaient du « vrai » sludge dans les rades de Lexington… »  « Aujourd’hui, on attend davantage Baroness pour ses peintures que pour sa musique… et pis leur soupe indigeste produit avec les pieds gna gna gna…« . Bien. Maintenant que nous avons fait le tour des réclamations, nous allons pouvoir aborder la vraie question: Et si finalement BARONESS n’était pas le groupe sludge voire le groupe métal que tout le monde s’entête à vouloir retenir ? Et si finalement Baroness n’était qu’un groupe de Rock inventif et singulier ? Réfléchissez-y. Respirez un grand coup et vous allez voir, ça passera beaucoup mieux dans votre réflexion.

Libéré de tout carcan métalleux, un groupe est né, tout simplement. Même si Baizley reste le maître à bord, l’apport des autres membres du groupe (la section rythmique Nick Jost / Sebastian Thomson et pour la première fois Gina Gleason) est désormais plus évident. 

Baroness ose tout, agglomère tout ce qui a jalonné sa carrière chromatique : ce double album (qui n’en est pas un) fait côtoyer le funeste de leur tragique histoire avec le flamboyant d’une écriture parfois complaisante mais jamais inexcusable. Baroness pioche dans à peu près tout ce qui est prog- ou post- et fait scintiller des pépites de métal, de grunge, de folk, de pop (oui !) ou d’electro dedans. Riche et varié, « Gold & Grey » l’est autant par les sonorités dont il se pare que par l’éventail musical qu’il balaye ; du brûlot rock à la ballade intimiste ondoyant sous l’effet d’arrangements extraterrestres.

Aboutie, c’est en s’affranchissant des limites du genre que la bande à Baizley est parvenue à créer une œuvre définitive. Cet aboutissement est l’impression première qui se dégage après la dernière clameur de Baizley sur « Pale Sun » ; d’autant plus renforcé par l’enchaînement fluide et sans accroc des 17 titres de l’album. Comme si chaque titre s’imbriquait dans le suivant, faisant de cet album bien plus qu’une simple collection de chansons.

Surprenant, ce « Gold & Grey » bénéficie du souffle des œuvres baroques, mais cherche soigneusement à en éviter les excès de fatuité. Si « Yellow & Green » en était l’ébauche, « Gold & Grey » est la bacchanale Rock du groupe qui charme nos âmes envahies par la mélancolie.

Complexe, cet album ne se résume pas à une simple dualité colorée ou claire/obscure. Il marque la fin de la palette chromatique du groupe, concluant douze ans de travail sur un concept qui a démarré comme une plaisanterie et qui dorénavant les dépasse. Mieux, ce disque ne clôt pas seulement le cycle personnel du groupe, il synthétise tout autant la décennie musicale qui se ferme, signe d’un grand disque dont l’intemporalité est d’ores et déjà acquise.

Il doit être difficile d’expliquer aux autres pourquoi on sait qu’une œuvre est finie. Baizley semble incapable à travers ses interviews et/ou son travail graphique de nous éclaircir sur ces motivations, la finalité de son concept. Mais il y a dorénavant le plaisir de laisser toutes ces idées s’exprimer, qui semblaient dormir et s’être accumulées au fond de lui. Et d’y voir une cohérence nouvelle, faite de collisions et d’échos, qui semble bien vouloir narrer un nouveau monde. Ou tous les contraires s’accorderaient. Définitivement baroque.

Indéniablement, « Gold & Grey » est le couronnement de la carrière de BARONESS. Mais l’underground n’attend guère après eux. Il a désormais une mission autre. Le groupe vient de créer le princeps d’un univers musical mainstream qui réclame désespérément de nouveaux porte-étendards, celui du monde à venir. Vivement demain.

ARTISTE : BARONESS
ALBUM : “Gold & Grey”

DATE DE SORTIE : 14 mai 2019
LABEL : Abraxan Hymns
GENRE : Baroness
MORE : Facebook / Website / Order

Last modified: juin 17, 2019