Alors que j'écris ces lignes, Reflections of a Floatin..." /> ELDER “Reflections Of A Floating World” (Stickman Records 2017) – The Heavy Chronicles

Chroniques

Published on June 9th, 2017 | by Katzenjammer

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ELDER “Reflections Of A Floating World” (Stickman Records 2017)

Alors que j’écris ces lignes, Reflections of a Floating World a déjà déferlé sur le monde. Et sur toi, ami lecteur, ou alors il te faut vraiment revoir l’ordre de tes priorités. Puisque tu t’es pris l’album d’ELDER en pleine face, tu comprendras peut-être la grande solitude qui m’a étreint lorsque je l’ai découvert il y a quelques semaines. “Je vais devoir chroniquer ça, moi ?”

Comment, en effet, rendre compte avec de simples mots de la magnitude du dernier opus d’ELDER? Comment “critiquer” l’oeuvre d’artistes dont la musicalité et la virtuosité dépassent de si loin la sienne ? L’analyse piste-par-piste n’est même pas une option. Ma page serait déjà noircie que j’aurais à peine fini de décrire “Sanctuary”, énorme morceau inaugural étrenné sur toutes les scènes d’Europe et d’Amérique. Et surtout, pourquoi chercher à démembrer, décortiquer, épingler sur papier une expérience d’écoute aussi entière et immersive ?

L’imprévisibilité de ces compositions est ce qui frappe d’emblée. Sans doute encouragé par le succès de Lore, Elder creuse encore davantage le sillon prog rock qu’il y avait si brillamment tracé. La durée de vie moyenne d’un riff dans Reflections… est faible. Très faible. Les séquences s’enchaînent avec fluidité et maîtrise, dessinant peu à peu d’épiques fresques, dépassant confortablement les 10 minutes. Par la richesse de ses nappes de clavier et l’inspiration de ses solos de guitare, Nick DiSalvo demeure la clé de voûte du son d’Elder. Bonne nouvelle : son chant, qui n’a jamais été le point fort du groupe, s’est encore amélioré. Nick peut désormais puiser dans une palette plus large de tonalités et, plus important encore, d’émotions.

Autour de lui s’affairent avec brio un nombre grandissant de musiciens. Le duo rythmique formé par Jack Donovan (basse) et Matt Couto (batterie) se rapproche encore de la paire Bonham/John Paul Jones. Leur groove soutient à merveille le complexe travail mélodique effectué par DiSalvo, qui les laisse par endroits respirer pleinement (“Staving Off Truth” vers 5:00, “Blind” un peu avant 11:00). Deux invités, guitare et pedal steel, viennent encore épaissir le son monumental du power trio, désormais power quatuor sur les tournées européenne et américaine à venir.

Sans devenir pour autant des créatures de studio, les musiciens d’Elder semblent disposés à exploiter encore davantage les possibilités offertes par l’enregistrement. En témoignent cette batterie ultra-réverbérée à tel endroit, cette intro grésillante à tel autre, façon “Au-delà du réel”. Série télé sixties dont la mythique intro résume d’ailleurs très bien l’esprit de Reflections of a Floating World : Ce n’est pas une défaillance de votre téléviseur, n’essayez donc pas de régler l’image. Nous avons le contrôle total de l’émission […] Pour l’heure qui vient, asseyez-vous tranquillement. Vous allez participer à une grande aventure”.

Le contrôle (du groupe), l’aventure (de l’auditeur) sont bien des mots qui caractérisent ce nouveau chef d’oeuvre d’Elder. Aucun tour de piste ne ressemble au précédent. L’auditeur attentif saura dénicher à chaque fois de nouvelles pépites, au cours d’une d’écoute plus exigeante et plus gratifiante que jamais. Il apprendra à aimer jusqu’aux passages les plus déroutants, comme ce très krautrock “Sonntag“, intro sans fin d’un morceau qui ne viendra pas. Il se laissera guider par la vision follement ambitieuse de nos amis bostoniens, désormais éparpillés sur deux continents mais nullement décidés à céder leur place sur le trône.

Récemment, Nick DiSalvo confiait à Outlaws of the Sun sa gratitude d’avoir pu faire connaître Elder avant que n’éclate la “bulle du stoner rock“. La progression du trio depuis ses débuts en 2006 paraît en effet, à la lumière de ce nouveau coup de maître, assez unique. Avec une offre aussi pléthorique de nouveaux groupes, combien recevront l’attention et la confiance dont ils ont besoin pour persévérer ? Pour créer leur propre espace musical, pour l’explorer avec talent et en repousser sans cesse les frontières ?

L’avenir nous le dira. En attendant, il nous restera toujours Elder.

ARTISTE : ELDER
ALBUM : “Reflections Of A Floating World”
DATE DE SORTIE : 2 juin 2017
LABEL : Stickman Records / Armageddon Records
GENRE : Heavy psyché / Rock progressif
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About the Author

Katzenjammer

Occasional writer for The Heavy Chronicles, and avid listener of everything fuzzy. I followed the smoke to the riff-filled land, and settled there!



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