ELDER “Lore” (Stickman Records 2015)

Written by Chronique

Quelques petites semaines après que leurs idoles Colour Haze se soient pris les pieds dans le tapis avec une dernière livraison plutôt décevante, les jeunes américains d’ELDER dégainent un opus tout aussi ambitieux mais nettement plus abouti. Impressionnant de maîtrise technique et de sensibilité artistique, Lore est un formidable témoignage de la sérénité et de la créativité d’un jeune groupe en pleine possession de ses moyens. (Texte : Katzenjammer)

Elder_Lore_2015_ArtworkARTISTE : Elder
ALBUM : “Lore”
DATE DE SORTIE : Février 2015
LABEL : Stickman Records / Armageddon Shop
GENRE : Heavy rock psyché
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Pour ceux qui ne connaissent pas encore (ah, la chance !), ELDER est un trio doom/psyché de Boston, Tex… pardon, Massachusetts. Après un premier disque très sombre, le groupe a fait parler de lui avec Dead Roots Stirring (2011), nettement plus planant – et, de leur propre aveu, très inspiré par Colour Haze. Quatre ans, un EP et un album live plus tard, Lore était donc d’autant plus attendu que Dead Roots Stirring avait eu le temps d’en épater plus d’un au sein de la scène stoner/doom.

La métamorphose du groupe s’impose dès la pochette. À l’esthétique poisseuse et dégoulinante qui prévalait jusqu’ici, Elder a substitué un visuel imposant et lumineux, très “Terre du milieu”. D’une main fébrile, je place le sillon sur le précieux vinyle, et “Compendium” se lance. Pas de doute, c’est bien du ELDER : des allers-retours fulgurants entre une guitare virevoltante et des riffs imposants, dans des enchaînements à la fois risqués et très maîtrisés. “Legend” la joue faussement mélancolique, avant d’arriver par petites touches à sa vraie nature, très grandiloquente – le tout culminant dans un riff épique (vous saurez lequel !) qui donne envie d’aller embrocher des moulins à vent au grand galop. Le guitariste et chanteur Nick DiSalvo est toujours royalement servi par la section rythmique : la basse ronronne comme un vieux diesel, et la batterie puissante, directe, en fait juste assez, ce qui laisse à sa guitare tout l’espace pour se balader librement et emmener le morceau avec elle. Il est, par contre, moins bien servi par sa voix : pas franchement désagréable, mais assez pauvre en nuances. Elle ne gêne pas les morceaux, mais ne les soulève pas autant qu’elle le pourrait.

On en arrive au titre éponyme, le vrai plat de résistance de cet album – plutôt copieux, avec près de seize minutes de long. La versatilité de “Lore” est bluffante : c’est un peu comme monter dans un avion deux places derrière un pilote chevronné qui enchaîne les loopings, sans jamais coller la nausée. ELDER a le culot monstre de rameuter des violons pour… vingt secondes, avant de les congédier d’un roulement de batterie ; et finit par un riff ultra doom, tellement basique (deux notes !) mais efficace qu’on se demande pourquoi personne n’y a pensé avant. “Deadweight”, le seul morceau sous la barre des dix minutes, a la lourde tâche de succéder à Lore. Il s’en acquitte très honorablement, enchaînant les phases inspirées vers un final très énergétique. “Spirit at Aphelion” et son intro acoustique calment le jeu, avant de nous emmener vers une ambiance presque guillerette, pas des plus convaincantes. Heureusement, le morceau se reprend si bien qu’on lui pardonne le fade-out – un peu facile – qui clôt l’album.

Les mots ne rendent pas vraiment justice à la musique d’ELDER, qui mériterait qu’on en invente de nouveaux pour elle : “monolifique”, par exemple (monolithique + magnifique). J’espère quand même avoir pu transmettre mon enthousiasme à l’écoute de Lore – une écoute intense et exigeante, mais ô combien gratifiante. Certes, à propos d’un album aussi bien produit, riche en overdubs, je ne peux m’empêcher de me poser l’éternelle question : mais comment vont-ils reproduire ça en live ? Il parait qu’on aura la réponse cet été, sur une certaine plage reculée dans un certain village du Sud de l’Europe… mais chut, ce n’est pas moi qui vous l’ai dit !

Last modified: 11 juillet 2015