RED FANG « Whales & Leeches » (Relapse Records 2013)

BeehoWritten by Chroniques

Oubliez tout ce que vous croyiez acquis à propos de RED FANG, car le groupe de Portland a décidé de ne pas s’encroûter sur ses lauriers. Ils sont énervés, mais alors énervéééééééééés ! Prenez leurs deux premiers albums déjà cultes « Red Fang » et « Murder The Mountains » et… Non en fait, laissez-les au chaud dans votre discothèque, parce que « Whales & Leeches » n’a quouaaasiment rien à voir avec tout ça. 


Red Fang - Whales & Leeches artworkARTISTE : Red Fang

ALBUM : « Whales & Leeches »
DATE DE SORTIE : Octobre 2013
LABEL : Relapse Records
GENRE : Post-sludge / Punk metal
NOTE : ✩✩✩
MORE : Facebook – Site web

Disons simplement qu’ils ont laissé de côté 80% des riffs et refrains catchy qui les caractérisaient pour se concentrer sur l’énergie. La plus destructrice et écrasante qu’il m’ait été donné de prendre dans les tympans dernièrement. J’ai lu des thèses de quinze page sur le nouveau Red Fang, et la plupart sont extrêmement flatteuses. J’ai lu des centaines de commentaires sur Facebook qui décrétaient que c’était l’album de l’année… Alors oui, je dois dire qu’il commence fort, avec d’entrée de jeu, le missile supersonique « DOEN ». Rythme punk sans pitié, riffs speed bien gras, chant clamé comme un appel guerrier… Ça sent la bagarre ! On ralentit un poil avec le morceau qui avait servi de teaser à la rentrée, j’ai nommé « Blood Like Cream » : au bout de deux phrases à peine, on a le chant d’Aaron coincé comme une vieille mélodie dans la caboche, et dès que le refrain enbraye sur son « Turn ip up, turn it up, turn it uuuuup!« , c’est fini. Game over. On perd la raison. C’est pas pour rien si des marées de pogoteurs et slammeurs fous s’en sont donnés à coeur joie sur ce morceau au Hellfest dernier !

Au vu des morceaux qui suivent, on peut dire que le son de Red Fang a pris en vitesse, mais certainement pas au détriment de l’épaisseur des riffs. C’est un espèce de monstre de Frankenstein à la fois punk et à la fois sludge qu’on a là, parce que bordel, ces morceaux sont cent fois plus sombres que les festifs hits de « Murder The Mountains ». Il y a quelque chose d’assez répétitif, pour ne pas dire lancinant, dans tous ces morceaux qui s’enchaînent. Punk. Un morceau, puis deux, puis trois… Je décroche. Mon cerveau se remet à vivoter quand arrive « Behind The Light » et son chant plus posé, ce qui – une fois n’est pas coutume – me fait remarquer les paroles : Aaron y parle de la vie en tournée « We’re caught so far away from home/the days and nights are all the same/it’s so insane to be alone« . À croire que ces deux années passées sur la route leur ont fait ressentir toutes sortes de sombres choses, et qu’il est maintenant l’heure d’exorciser, de lâcher les chiens. C’est sûr qu’entre le train-train tranquillou-pilou à Portland et la vie de rockeurs adulés par les médias et toute la communauté métal, y’a un fossé de sentiments. La candeur (hum) de la première heure n’est plus…

Attention, on arrive au point culminant de l’album. Pour ne pas dire – ok, j’exagère un peu – le point musical culminant de l’année. « Dawn Rising » est le morceau qui m’a pratiquement empêché d’écouter le reste de l’album pendant plus de trois semaines, et autant le dire illico : la présence de Mike Scheidt de Yob n’y est pas pour rien. Soupir de la mort. Oui, le morceau commence sur un profond soupir de la mort, voire deux, voire cinq. Les grattes sont sous-accordées, la basse vrombit de façon titanesque… Le chant lent d’Aaron a quelque chose de rituel, sacrificiel presque. Et lorsque Scheidt s’y met, le morceau prend une dimension de malade mental. Ce morceau est démoniaque, il vous envoûte, vous ne pouvez plus rien faire d’autre que d’appuyer sur repeat, de pousser le volume où que vous soyez, de vous délecter jusqu’à en devenir sourd… Le morceau qui suit, « Failure », a quelque chose d’irrémédiablement mastodonien. C’est peut-être du à cette sensation bizarre que crée la superposition de la guitare sur les voix de Beam, le chant rugueux de Giles, cette ambiance mystique qui s’en dégage. Mais c’est juste la surface, parce « 1516 » enfonce le clou à un million de pieds sous terre. « There’s no way oooooouuuuut…« . Darkness, lourdeur.

Voilà, la majeure différence entre cet album et les deux précédents est que le son avait beau être super heavy, il en émanait une jovialité fou furieuse et contagieuse, alors que là, c’est lourd, c’est sombre, c’est speed et lourd, c’est sombre. On fera sûrement moins la teuf sur les nouveaux morceaux de Red Fang, ou du moins, différemment. Mais quelque part je ne m’inquiète pas vraiment, il était difficile de faire un troisième album parfait, et les gars ont choisi d’explorer une nouvelle partie de leur son, pour voir. Et ça marche, ça marche diablement bien en live, comme on a pu le voir sur la tournée des festivals cet été. Alors non, « Whales & Leeches » n’est pas l’album de l’année, mais il prouve que Red Fang ne font pas les choses pour faire plaisir au peuple, mais bien parce que ça les regarde. Respect, Red Fang.

Last modified: novembre 14, 2013

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