Du rock au doom : les albums les plus cool de 2022.

Written by À la une, Chronique

La team The Heavy Chronicles vous livre sa sélection ultime des albums à mettre sous le sapin de Noël et plus simplement sur vos platines en cette fin d’année. Attendez-vous à du fuzz bien sûr, du heavy, mais surtout de la DI-VER-SI-TÉ avec notre best-of 2022, car c’est bien tout là le crédo de THC !

LE TOP 5 DE BEEHO

  1. CAVE IN « Heavy Pendulum » (Relapse Records)
  2. PSYCHONAUT « Violate Consensus Reality » (Pelagic Records)
  3. ABRAMS « In The Dark » (Small Stone Records)
  4. HANGMAN’S CHAIR « A Loner » (Nuclear Blast Records)
  5. ELDER « Innate Passage » (Stickman Records)

LE TOP 5 DE SYLVAIN GOLVET

1. MESSA « Close » (Svart Records)

Infatigables voyageurs sur les scènes européennes (même après un impressionnant accident de la route en octobre), les Italiens de Messa ne pouvaient pas passer à côté du concept de pèlerinage. Piochant dans des instrumentations méditerranéennes et des accords orientaux, Messa nous fait voyager dans un monde plus grand mais pas moins angoissant, au cours de 64 minutes palpitantes, retorses, obsédantes et parfaitement dosées. Leur doom aventureux parvient à rester sur la brèche de la sophistication et de la simplicité, parvenant toujours à nous maintenir tout près (“close”) de ses expérimentations. Le tout magnifié par la sublime voix de Sara Bianchin.

2. ELDER « Innate Passage » (Stickman Records)

Solidité et constance, c’est le bilan qui nous vient quand on contemple une telle discographie. En 2022, Elder ne change pas d’un iota son ADN, mais le nourrit encore un peu plus pour le faire grandir. Et pour ce 6ème opus, hors EP et collaboration, la bande de Nick DiSalvo a décidé tout naturellement de mieux jouer, mieux chanter, mieux produire, comme si le poids des années n’existait pas. C’est du travail d’orfèvre tout au long de cinq titres tortueux mais qui ne perdent jamais leur énergie, un grower tout simplement, dominé par l’excellent Merged in Dreams/Ne Plus Ultraqui empile les couches mélodiques et les riffs avec un talent invraisemblable.

3. KING GIZZARD & THE LIZARD WIZARD « Ice, Death, Planets, Mushrooms and Lava » (​​KGLW)

Ça sort un peu de la charte, mais avec un titre et une pochette pareils, qui viendra dire que l’esprit stoner-doom n’est pas là ? Et puis rien que le morceau Iron Lung apporte son lot de disto réglementaire, dans un trip médico-psyché jusqu’au boutiste de 9 minutes qui vous fera passer par toutes les émotions (cf. son clip tournoyant absolument terrifiant). Du reste, cet album, basé sur des jams explorant sept modes musicaux (Ionien, Dorien, Myxolydien, etc.), est à la fois moins prog et moins bordélique que son concept laisse penser, donnant sept morceaux épiques qui vous interdisent de ne pas danser ou mimer le guitar hero devant votre miroir. C’est le 21ème opus du groupe, ils en ont sorti deux autres depuis, qui les arrêtera ?

4. EARTHLESS « Night Parade of One Hundred Demons » (Nuclear Blast)

Plus ouvertement jammy que son précédent (rendu possible par Nuclear Blast suite aux bonnes ventes de Black Heaven ?), cet album composé de deux pièces longues comme le groupe nous avait auparavant habitué. Mais cette fois-ci, l’opus se veut un hommage au hard rock 70’s japonais (notamment le Speed, Glue & Shinki de Shinki Chen), et le morceau-titre découpé en deux laisse monter une ambiance incroyable, évoquant les yōkai du folklore nippon dans un déluge de toms qui rappelle des tambours rituels. C’est envoûtant au possible et fait monter une pression dingue qui ne demande qu’à exploser, ce qui arrive irrémédiablement. La deuxième face, Death to the Red Sun est bien entendu aussi une pépite, convoquant encore une fois les délires cosmiques du trio. Le résultat est une fois encore un jalon de leur carrière.

5. RUSSIAN CIRCLES « Gnosis » (Sargent House)

Le mille-feuille mélodique et rythmique est serré comme jamais. Dense et puissant, le magma sonore est en béton armé : avec Gnosis, Russian Circles a bien décidé cette fois-ci de ne pas nous offrir de répit. Ce disque de confinement, produit par Kurt Ballou, est un concentré de rage sourde, trahissant une envie de faire corps ensemble, de peser plus lourd que la somme de ses parties. Les riffs sont tendus, puisant dans le death ou le black metal, et la rythmique martelle le tout en continu. Tupilak Conduit, Betrayal font partie des constructions les plus extrêmes que le groupe ait produites. Puis vient Bloom, une dernière piste plus légère, une porte de sortie de cet imposant monolithe qui rappelle que la lumière est au bout du conduit.

AU PIED DU PODIUM : Hangman’s Chair, Ecstatic Vision, Ken Mode, Birds In Row, Chat Pile, King Buffalo, Rotten Mind, Red Sun Atacama, Cave In, Gospel, Bitter Branches, Big Scenic Nowhere, Wyatt E., Astéréotypie, Fontaines D.C., Traams, El Perro, Meat Wave, Hammered Hulls, Motorpsycho, Stuffed Foxes

LE TOP 5 DE LORD PIERRO

  1. KEN MODE « Null » (Artoffact Records)

Musicalement, Ken Mode c’est la bande son du déchaînement des Enfers, de l’effondrement d’une civilisation autant que de la psyché de l’Humanité après ces sales années d’enfermement physique et psychologique. Nombre de personnes n’ont pas survécu à ces épreuves et ça aurait aussi pu être le cas de Ken Mode, mais comme souvent avec ces guerriers, ils ont choisi de mourir debout. Null est le résultat de cette bataille et il est certain qu’il ne fait pas de quartier chez les auditeurs qui ne seraient pas prêts. Album de l’année, indiscutablement !

2. MEMBRANE « Beyond Your Beliefs » (Source Atone Records)

Malgré des sorties toujours brillantes, Membrane n’est toujours pas reconnu comme l’un des meilleurs groupes de post-metal actuels. Pourtant Beyond Your Beliefs prouve une nouvelle fois que le groupe français n’a strictement rien à envier à quiconque tant leur musique est écrasante de puissance et la qualité de ses compositions sublimée par l’interprétation du quatuor. Le regretté guitariste Mathieu Roszak doit être sacrément fier de ses potes ! S’il y a un album de ce genre à acheter cette année, c’est celui-ci !

3. EXCIDE « Deliberate Revolver » (New Morality Zine)

Au rayon hardcore, il faut avouer que trouver un album inspiré, bien joué et qui ne tombe pas dans les clichés éculés, c’était devenu plus compliqué que la quête du Graal. Et puis Excide ont décidé de mettre fin à nos recherches en nous balançant Deliberate Revolver, soit onze brûlots de la plus haute qualité tels que je n’en avais pas entendu depuis la disparition de Snapcase. Excide vous feront sauter au plafond ou du plafond et vous jeter dans un pit le sourire aux lèvres. Faites gaffe à vos dents quand même…

4. DEZ DARE « Ulysses Trash » (Ch!mp)

Comment sonnerait le mélange entre Devo et Sleafford Mods, si les Stooges avaient été mancuniens ou si les punks avaient baisé avec les princes du dancefloor ? Ca donne Dez Dare ! Qui d’autre qu’un groupe de Brighton aurait pu non seulement mélanger tous ces genres mais surtout les sublimer et nous pondre une collection de tubes incroyables ! Ulysses Trash est le retour d’un rock primaire et dansant, à chanter les refrains à tue-tête en profitant du plaisir que tout ça nous donne. La Perfide Albion, éternelle terre de rock’n roll !

5. HANGMAN’S CHAIR « A Loner » (Nuclear Blast)

Bien que les banlieusards parisiens poursuivent leurs explorations sonores dans des hauts standards de qualité, ils sont toujours aussi clivants pour une partie des auditeurs et des chroniqueurs. Pourtant, rarement j’ai entendu une telle maîtrise émotionnelle pour sublimer la lourdeur des compositions et je ne m’attendais pas à ce que A Loner atteigne de telles hauteurs ! Hangman’s Chair ont désormais une identité et un son identifiables, preuve que le groupe a su tracer son chemin sans se soucier des guerres de clochers.

Ne pas oublier d’écouter aussi : Jack and the bearded fishermen « Playfull Winds », Made of Teeth « Sociopathogen », Cult of Luna « The Long Road North »

LE TOP 5 DE YANNICK K.

1. CAVE IN « Heavy Pendulum » (Relapse Records)

L’album inattendu d’un groupe plongé dans le deuil, hésitant entre débrancher et se trouver un avenir. Impossible d’imaginer une suite directe après le décès du bassiste historique Caleb Scofield en 2018. Pour beaucoup, retrouver une aisance ensemble et tourner la page aurait été un effort inespéré. « Heavy Pendulum » est bien plus que cela. Cet album esquisse un nouveau destin tout aussi brillant que les étoiles qu’ils n’ont de cesse d’observer depuis « Jupiter ». Cave in (« Kevin » pour les frenchies dans la fosse) ne manque pas d’imagination pour composer une constellation de genres de la musique amplifiée avec une telle évidence que l’ennui ne s’invite jamais pendant 70 minutes. Le tout sans se renier. Le tout en étant infiniment touchant.

Bref, number one dans les catégories « Come back de l’année » et « Best Artwork ».

2. SASQUATCH « Fever Fantasy » (Mad Oak Records)

Nothin’ but the hook. Nothin’ but the fuzz. Zero bullshit. Pas besoin d’en dire plus. Une discographie sans fautes et il n’y a aucune raison que ça change. Oui je suis complètement subjectif et alors ? Essayez donc de me contredire : 20 piges que ces gars peaufinent leur playlist pour le live, façon stère de bûches, meilleur remède contre la morosité et la crise énergétique. De ce « Fever Fantasy », quasi rien n’est à jeter tant ces titres sont nerveux et catchy à souhait.

Bref, number one dans les catégories « Les patrons sont dans la place » et « on ne touche pas à mes chouchous ».

3. TELEKINETIC YETI « Primordial » (Tee Pee Records)

Dès « Primordial » chanson titre d’ouverture, Telekinetic Yeti impressionne, surtout après le plaisant mais quelconque « Abominable ». Volontairement minimaliste, rugueux comme du papier abrasif, les deux big-foots dynamisent de courtes jams doom, familièrement répétitives, d’un groove à ébranler votre carcasse de weedian. Massif, sauvage et hypnotique, « Primordial » est tout du long une invitation à la danse du feu en pleine remontée acide.

Bref, number one dans la catégorie « cap du difficile deuxième album » mais aussi  dans celle « meilleure BO pour bûcher sacrificiel en pleine jungle »

4. LORD ELEPHANT – S/T (Heavy Psych Sounds)

L’habit ne fait pas (toujours) le moine. Ne vous fiez pas à la supposée première proposition assez convenue qu’évoque ce « Cosmic Awakening » par Lord Elephant : huit instrumentales monolithiques sans surprises. Voilà donc un trio italien qui vous mène par le bout du nez pour vous entraîner vers un territoire aux confluents d’un psychédélisme acide, d’un sludge boueux et d’un blues saturé.

Bref, number one dans les catégories « Best new artist qui envoie du lourd » et « meilleur  blaze stoner ».

5. BIRDS IN ROW « Gris Klein » (Red Creek Recordings)

L’artiste Yves Klein avait créé le « Bleu Klein », une sorte de bleu outremer aussi profond qu’expressif. Le nom de l’album donne le ton : il fallait bien inventer une couleur pour exprimer le propos et la profondeur de ce hardcore à fleur de peau. Sans se lamenter, Birds in Row livre ses préoccupations sur la morosité ambiante, la maladie mentale et la dépression. Radical et sans concession, le groupe confronte la fureur à l’émotion brute pour une oeuvre intelligente d’une sensibilité et d’une intensité rares.

Bref number one dans les catégories : « On a pas de pétrole mais on a des groupes de talent » et « non, vous n’avez pas le monopole du coeur ».

AU PIED DU PODIUM : Elder « Innate Passage », Steak « Acute Mania »

LE TOP 5 DE MATT

  1. MANTAR « Pain is forever and this is the end » (Metal Blade Records)

C’était une de mes attentes de l’année et le combo nord-allemand n’a pas déçu. Mieux, ils se sont transcendés pour nous offrir leur meilleur album à ce jour. Entre arrangements plus lêchés, thématique universelle mais incroyablement appropriée, artwork iconique, production aussi lourde et grasse que puissante et classieuse, une voix criée toujours inimitable, un songwriting de haute volée et des refrains dantesque, tout y est. Tout.

2. HAZEMAZE « Blinded by the Wicked » (Heavy Psych Sounds)

2022 aura permis à Hazemaze de sortir leur meilleur album et malheureusement, d’annoncer leur séparation il y a quelques mois. C’est le chant du cygne des gars de Stockholm, et pourtant quel album ! Enfin le groupe se dote d’une identité sonore plus marquée, délaissant ses origines garage hard rock pour s’aventurer vers des éléments classic doom du plus bel effet. Toujours très vintage dans son approche, Hazemaze profite ici d’une qualité de production idéale pour mettre en avant leurs nombreuses bonnes idées. Un album inspiré et inspirant. Tout le meilleur à nos trois musiciens dans leurs prochaines aventures.

3. GNOME « King » (Ploder Records)

The hype is real. Que voulez-vous, j’ai succombé à leur folie. En fan de ce qui se veut à la fois prog et gras (oxymore ?). Je suis forcément comblé par l’écriture délurée et pourtant ô combien maitrisée de ce trio belge. Certains leur reprochent leurs clips loufoques et mémorables mais je suis fan de Red Fang depuis une douzaine d’années, comment leur en vouloir ? S’il me faut enfiler un bonnet rouge et une armure pour défendre Gnome envers et contre tous, je m’y engage. Wenceslas ! Little bitch !

4. CROWBAR « Zero and Below » (MNRK Heavy)

J’ai toujours adoré Crowbar pour leur science du riff bien calé entre héritage thrash, révérence doom et esthétique punk leur valant une place prédominante dans le paysage Sludge. Pourtant, rares sont leurs albums qui m’ont marqué car malgré de très bons titres, il y’avait toujours un peu trop de fillers où une production un poil en dedans. Ici avec « Below and Zero », on a un album qui déboite du début à la fin et jouit d’une prod de type « mange ma main dans la gueule et garde l’autre pour demain ». Imparable.

5. NEBULA « Transmission from Mothership Earth » (Heavy Psych Sounds)

Sorti dans la plus grande discrétion, il n’y avait aucune raison que cet album me touche. Si j’apprécie la pierre que Nebula a apporté à notre scène, j’avoue ne pas avoir été souvent transporté par leur musique. Mais là, ce fut différent. Est-ce dû à la capacité du groupe à être ultra efficace tout en apportant un peu de variété à son son ? Est-ce la simple présence de Mike Amster à la batterie qui suffit à faire battre mon coeur de groupie ? Est-ce ce son fuzzy absolument parfait ? Quoiqu’il en soit, cet album transpire le cool et le fun. Une vraie réussite pour ce retour trop bien camouflé de la légende Eddie Glass.

Mentions honorables pour : Clutch « Sunrise on Slaughter Beach », Cancer Bats « Psychic Jailbreak », Telekinetic Yeti « Primordial », Endtime « Impending Doom », Birds In Row « Gris Klein », Lord Elephant « Cosmic Awakening », Elder « Innate Passage »

Last modified: 21 décembre 2022