LDDSM mue vers un rock progressif sidéral et sidérant avec “Polaris”.

Written by À la une, Chronique

Difficile pour un artiste de rebondir lorsqu’il a atteint l’apex de sa carrière. De retrouver un sens à ce qu’il fait. Ce questionnement pouvait être légitime au sein de LDDSM, après l’apogée « Human Collapse » en 2016, le changement de line-up avec l’arrivée de Katia Jacob, et des évènements marquant la vie personnelle de chacun de ses membres. Il fallait donc un nouvel objectif, un nouveau cap au groupe. Tel semble être le message implicite de ce nouvel album « Polaris », l’étoile polaire en latin ou encore « Alpha Ursae Minoris » (un des titres présent sur l’album ), l’astre préféré des navigateurs dans l’hémisphère nord.

C’est désormais une habitude avec les Alsaciens, l’album aborde un thème cher au groupe.  Les indices sont là : des noms d’étoiles, un vocabulaire spatial et une pochette bleutée s’apparentant à l’éclipse d’un astre. L’espace et les étoiles se lisent alors dans la musique. Une présence et une variété plus appuyée de claviers, les sonorités froides, les arrangements de synthé et les effets multiples donnent plus d’espaces, lesquels ont autant de sens que les notes jouées. Citons « Blue Giant » et surtout « Earthrise », mimant dans son intro « Elegia » de New Order qu’on jurerait interprété par Pink Floyd. On pourrait alors croire LDDSM parti à la chasse aux étoiles. Mais ce serait trop simple, telle cette pochette qui, si on y regarde de plus près, est trompeuse. Quand certains y voient une éclipse, d’autres y verront le grossissement d’une cellule au microscope. L’infiniment grand et l’infiniment petit se côtoient pour se confondre. L’album se lit donc comme un questionnement sur l’Univers et son origine, comme une sorte d’éternel recommencement. Et nous, au milieu.

Bien évidemment des titres ou des passages plus old school parsèment aussi ce disque (« Dark Matter » , « Alpha Ursae Minoris ») à jouer as loud as you can please. Mais ces chansons côtoient des morceaux comme « Earthrise », plus travaillés, plus représentatifs de la mue LDDSM, s’ouvrant sur une ligne pinkfloydienne pour finir sur un rock hyper mélodique, hyperbolique, presque grandiloquent, venant flirter avec celui de Muse de l’époque où le trio était encore fréquentable. Et de Pink Floyd, parlons-en. Le Flamand Rose suinte de chaque sillon de cette galette. Depuis sa déclaration d’amour « Welcome to the Machine », le groupe ne cache plus sa passion pour les Anglais et des plans entiers vous rappellerons leur discographie prog. Si les Londoniens ont toujours été une source d’inspiration affichée de LDDSM, « Polaris » en est désormais l’hommage appuyé, perpétuant les expérimentations prog de leurs ainés pour un rock du 21ème siècle.

Et si le questionnement méta sur la place de l’Homme dans l’Univers n’était finalement qu’un prétexte pour se questionner soi-même en tant que groupe ? Tel l’infini rencontrant l’infinitésimal, le disque est construit sur des paradoxes multiples mais ô combien cohérents (on n’est plus à une contradiction près). Pour écrire son futur, LDDSM se repose sur ses fondamentaux car pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on part. Expérimenter sans s’égarer. Changer de direction sans se renier.

Délaissant la scène stoner qui l’a vu naître, LDDSM embrasse désormais de nouveaux horizons. Dans sa forme, “Polaris” trouvera certainement un nouveau public mais dans le fond, c’est bien du LDDSM dans le texte. C’est certainement le disque le plus déroutant de leur carrière et pourtant il n’aura jamais autant sonné LDDSM.

C’est en s’acquittant des barrières des genres et en franchissant de nouvelles frontières que le groupe trouve sa véritable identité. C’est dans tous ses paradoxes que ce disque est une réussite. À l’instar de Baroness ou Mastodon (voire Elephant Tree dernièrement), LDDSM réussit une synthèse convaincante des multiples facettes de sa musique en déclinant un rock protéiforme pertinent. Ils sont free et ils ont tout compris. Et certainement une bonne étoile avec eux.

ARTISTE : LDDSM
ALBUM : Polaris
LABEL : Klonosphere 
DATE DE SORTIE : 2 avril 2021
GENRE : Heavy rock / progressif
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Last modified: 15 mars 2021