ROSY FINCH ressuscite le Riot Grrrl avec la rage et le sludge dévorants de “Scarlet”.

Written by Chronique

Les espagnols de ROSY FINCH livrent leur deuxième album “Scarlet” : une évolution surprenante après des sorties beaucoup plus stoner et un important changement de personnel. Qui aurait cru qu’un groupe espagnol fasse ressurgir l’esprit Riot Grrrl plus de vingt-cinq ans après son apparition outre-Atlantique et lâche une salve de tirs aussi dévastatrice qu’un bombardement aveugle ?

Et pourtant, tout dans cet album est en parfaite adéquation avec les thèmes de l’actualité : violences aux femmes, peur, pandémie, brutalité de la société, colère intérieure, tout fait reflet à ces dix titres endiablés que le trio espagnol a concocté — non pas délicatement puisque deux membres du line-up n’ont pas survécu à cet enregistrement — mais plutôt à base de tripes et de viscères. La symbolique du sang, omniprésente, rappelle constamment l’état de violence dans lequel se trouve notre condition humaine et la facilité avec laquelle nous le versons trop souvent.

Pourtant nous n’avons pas là un album déversant gratuitement hémoglobine et brutalité. “Scarlet” (scars-left ?) est une schizophrène qui prend le visage d’un succube nous séduisant par une voix mélodieuse et éthérée façon Queen Adreena, nous amadouant avant que la personnalité violente engendre stupéfaction et shoot d’adrénaline de peur, d’où surgit la folie enragée que seules L7 nous offrent encore de temps en temps, finissant de nous envoûter et ne relâchant plus son emprise jusqu’à ce la nuque se brise.

Mais Rosy Finch ne fait pas dans l’hommage à ces influences, cela serait bien trop facile et sans intérêt. L’énergie et la rage qui se dégagent de cet album, s’ils sont dignes d’une chimère à tête de Black Tusk sur corps de Dead Kennedys, servent avant tout à construire la personnalité multiple du combo mené par Mireia Porto : le son est lourd, gras, parfaitement équilibré entre les grattes et la batterie, la voix pouvant alors choisir l’émotion qui lui sied selon la vitesse ou la pesanteur de chaque passage. Le résultat est d’autant plus terrible qu’il n’y a aucun temps mort, aucune respiration, même les morceaux les plus lents développant une tension maintenant l’auditeur en haleine.

Lorsque Scarlet pourra être défendu sur scène, nul doute qu’il enflammera les salles et laissera des traces (de sang ?) par la rage et l’énergie qu’il dégage, un véritable orgasme de violence qui en fait la bande son de la période pré-apocalypse que nous sommes en train de vivre.

ARTISTE : Rosy Finch
ALBUM : « Scarlet »
SORTIE : 6 mars 2020
LABEL : Lay Bare Recordings (world) Spinda Records (Spain)
GENRE : Sludge riot grrrl
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Last modified: 27 mars 2020