YERÛŠELEM « The Sublime » (Debemur Morti 2019)

BeehoWritten by Chroniques

Tout admirateur des oeuvres de Blut Aus Nord se devait de jeter une oreille à ce nouveau projet YERÛŠELEM, né de l’esprit deux de ses membres. Et pour les néophytes : entrez dans leur univers sans réfléchir, vous en ressortirez changés (que ce soit en bien ou en mal).

Sans vouloir exagérer ou faire des éloges, les normands font partie de ces groupes qu’il est difficile de décrire avec précision tant leur musique est expérimentale, intemporelle, et mystique. Un des pionniers du black metal français qui a toujours su au fil du temps rester dans l’ombre et le mystère, tout se renouvelant constamment sur leur immense discographie. On ne connaît au final que très peu de choses de ses membres, et ce n’est pas plus mal d’ailleurs, ça risquerait de briser le mythe.

S’il fallait décrire ce nouveau projet, sachez juste que derrière ce nouveau nom et cette nouvelle imagerie se cachent Vindsval et W.D. Feld (deux membres originels de Blut Aus Nord donc), et leur musique semble être une parfaite continuité de la trilogie « 777 » qui figure parmi ma période préférée, en particulier les albums « Cosmosophy » et « Desanctification ». Industrielle, froide, métaphysique… mais beaucoup plus douce que sur leurs anciennes productions. C’est en tout cas la chose qui me frappe le plus lors de l’écoute du premier titre « The Sublime ». On est rapidement emporté dans des cieux embrumés, ressentant une présence forte du divin, quelque soit sa forme. YERÛŠELEM, après tout, est la ville trois fois sainte, d’où les grands courants religieux sont nés. J’ignore précisément le sens des paroles, mais je me doute que les thématiques doivent tourner autour de cet univers – aussi fascinant qu’effrayant – de la vie après la mort, et de la mort incluse dans le processus de la vie.

Cependant, les compositions sont plus minimalistes, avec quelques lenteurs, quelques redondances d’un titre à l’autre. L’omniprésence d’une guitare saturée hypnotisante reste discrète et prend possession de nous de façon presque subliminale. La partie rythmique reste glaciale et mécanique tout du long, comme si Godflesh avait participé à son élaboration. On pourrait même s’attendre à voir surgir la voix typique et lourde de Justin Broadrick sur certains morceaux, ou encore un chant hip hop par MC Dälek. La collaboration avec ce dernier est toujours d’actualité d’après ce que j’ai pu comprendre, elle n’a juste pas encore commencé… Tant d’ambitions, et tant d’attente, on jubile d’avance ! 

Le chant rappelle lui aussi cette période de l’album « Cosmosophy ». Moins glauque, moins noir, et dépourvu de saturation. Il semble même imiter des chants liturgiques orientaux résonnant dans des cathédrales ou autres mosquées étranges, en suspension dans l’air, loin au-dessus du mont Ararat. C’est un retour enivrant des siècles dans le passé, sur fond de musique tout à fait moderne. Une plainte lointaine, adressée aux dieux d’un univers composé de poussières et de rayons de lumière.

Peu à peu, nous rentrons dans une musique plus complexe et plus obscure vers le milieu de l’album. Des sortes de longs « solos-récits » tendent à remplacer le chant. La musique se met à parler à la place des hommes. Malgré une fin abrupte sur « Eternal », on commence à voyager à travers une autre dimension, à partir de « Sound Over Matter ». Un voyage dans une sorte de désert mental, qui finit par faire angoisser et broyer notre cerveau, en particulier sur « Joyless », qui porte très bien son sordide nom. Nous chutons (comme la tour) sur « Babel », comme dans une fractale en noir et blanc qui tournoie dans les abysses d’un paradis morbide. Une spirale infernale qui rappelle les débuts de l’effondrement de notre civilisation, plus que jamais actuel, même des millénaires après les dits évènements…

Pour un premier jet, c’est une réussite de part son côté expérimental, une expérience sonore délectable et très accessible, même si peu surprenante quand on est habitués à la musique de Blut Aus Nord depuis des décennies maintenant. Mais cette nouvelle ère saura probablement ravir les non-initiés désirant ouïr une offrande céleste de plus, une pierre psychédélique de plus dans la gigantesque pyramide que construisent nos fiertés normandes depuis tout ce temps…

ARTISTE : YERÛŠELEM
ALBUM : “The Sublime”

DATE DE SORTIE : 8 février 2019
LABEL : Debemur Morti
GENRE : Metal experimental
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Last modified: février 28, 2019