DESERTFEST BERLIN 2016 Report – Jour 1

KatzenjammerWritten by Live Reports

Premier jour au DESERTFEST BERLIN. Si vous êtes un(e) habitué(e) de son grand frère londonien, imaginez ce que ce serait si on amputait tous les prix (billets, logement, bière…) de deux bons tiers, sans conflits horaires entre les différentes scènes, avec un biergarten pour se poser tranquille pendant les concerts. Et si vous n’avez assisté à un Desertfest, et ben… il est grand temps de vous y mettre. (PHOTOS : Jens Wassmuth)

L’Astra Kulturhaus est située dans l’est de Berlin (une portion du Mur est à 5 minutes de marche), dans ce qui se trouve être le cœur de la nuit berlinoise – ainsi que la plaque tournante de la drogue dans cette ville, ce qui est sûrement juste une coïncidence (ahem). The Kulturhaus a un aspect très « Berlin Est », qui doit aux innombrables graffitis sur sa façade, ainsi que son apparence fatiguée et sans prétention. Mais j’ai appris à ne pas me fier aux apparences, et comme je vais bientôt le découvrir… cette vieille baraque envoie encore du pâté !

Le combo power doom teuton HIGH FIGHTER a, le premier, l’opportunité de le démontrer. Né de plusieurs projets dont je n’avais jamais entendu parler (A Million Miles, Buffalo Hump, Pyogenesis), le groupe est lourd à souhait mais échoue à me séduire. A leur décharge, je dois admettre que l’écoute d’un chant growl provoque généralement en moi l’envie de courir très vite dans l’autre sens. Dans le registre « féminin », je trouve BABY IN VAIN beaucoup plus convaincant. Ces Danoises sonnent comme les Runaways sous l’effet d’un cocktail d’amphètes et de tranquillisants pour chevaux – ce qui, croyez-le ou non, et bel et bien un compliment. Leur performance est si fascinante qu’elle me met presque à la bourre pour mon interview avec Wo Fat !

Après une fascinante conversation dans les loges, je reviens pour les Suédois pioniers du hard rock vintage SPIRITUAL BEGGARS. Un peu trop nineties à mon goût – je m’attends presque à ce que le batteur disparaisse dans un nuage de fumée verte, façon Spinal Tap. Mais c’est fait avec cœur, et le chanteur fait le boulot pour chauffer la grande scène. Le power trio texan MOTHERSHIP est ma première (mais non dernière) grosse claque de la journée. Les mots d’introduction de Kyle Juett [basse/voix] le résument mieux que je ne pourrais le faire : « let’s boogie ! » Son frère Kelley, à la gratte, me rappelle Angus Young… en plus jeune. Ces types gèrent le rock’n’roll furibard aussi bien que les gros riffs dooms, faisant au détour d’un morceau un clin d’œil très réussi au « Heartbreaker » de Led Zeppelin.

Par contraste, le concert de PELICAN est plus froid, moins fougueux, mais non moins impressionnant. L’ambition de leurs morceaux est assez fascinante – le quartet de Chicago n’a nul besoin de chant pour raconter de puissantes histoires. Clairement le type de musique qui vaut la pleine d’être explorée pendant des heures sur disque. Je pourrais en dire autant WO FAT, bien que les Texans aient une approche beaucoup plus « jammesque » de la composition. Quelque chose dans leur son poisseux et psychédélique me retourne la tête à chaque fois. Les images de lave en fusion qui tournent derrière le groupe sur la scène du Foyer fournissent un parfait décor ; le spectacle est tout aussi fluide et chaud, chaud, BRÛLANT ! Et les nouveaux morceaux de Midnight Cometh passent à l’aise le test de la fosse.

Il est temps pour une des têtes d’affiche du festival – à supposer que ça signifie quoi que ce soit ici – de s’emparer de la grande scène. Voilà ce qui cloche avec TRUCKFIGHTERS : les Suédois ont écumé à fond les salles ces dernières années, et (à mon humble avis) n’ont rien sorti de convaincant depuis un moment. Pour beaucoup d’amateurs de stoner/doom, les voir en live est devenu presque aussi banal que de se commander une pinte de blonde. Mais bon, tout comme lorsqu’on commande une bière : même on sait ce qu’on va avoir, c’est toujours sympa. Ils jouent bien ensemble, Dango saute toujours partout comme un possédé, et Ozo donne toujours de la voix. Je dois quand même dire que sortir « Desert Cruiser » en demi-rappel m’a paru être un peu à contretemps.

C’est à MANTAR, sans doute l’un des duos allemands les plus redoutables, qu’il revient de finir la soirée avec classe et brutalité. Comme le dit bien un pote pendant les balances : « ça va pas être du space rock ». Non, en effet, pas vraiment. Un son d’écorché vif – destructeur et profondément troublant. Sortant tout juste d’une journée complète de bastonnage des tympans, et m’étant engagé pour deux de plus, je n’ai d’autre choix que de m’enfuir après quelques chansons. Sinon, il ne me restait plus qu’à plonger les doigts dans mes moignons d’oreilles, et tracer en lettres de sang sur les murs tagués de la Kulturhaus : « Mantar m’a tuer »…

Last modified: mai 18, 2016

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