BOSSK : “Migration” ou la révélation dans la souffrance.

Written by À la une, Chronique

Quand je lis le terme “post-metal”, un frisson me parcourt toujours l’échine. S’agit-il vraiment du post-metal que j’ai découvert avec Sólstafir et qui se joue habilement des codes du metal tout en proposant un son et un univers ambitieux, empruntant autant à la B.O. de films qu’aux structures des genres de musique électronique ? Ou bien le terme est-il une fois de plus galvaudé pour intellectualiser le propos d’une formation qui n’est pas à l’avant garde, et qui propose simplement une version pré-mâchée de ce que le post-metal à offrir?

BOSSK est un groupe que je connaissais de nom pour l’avoir vu passer dans nombre d’articles, mais je me plonge dans son univers pour la première fois avec Migration. Et après l’excellente entame atmosphérique qu’est “White Stork”, bien pensée et jamais monotone, on plonge dans le corps du texte. Si l’intro nous laissait entrevoir des contrées d’un futur lointain, on comprend dès “Menhir” que la dystopie est de mise. L’ancrage dans le réel étant exacerbé par des riffs plus massifs et incisifs qu’à l’accoutumée pour ce style, les effets sonores plus organiques et le chant moins en retrait que ne l’impose la bienséance des musiques “post-gnangnan”. Ici, on défouraille.

La voix est gutturale avec un grain presque post-hardcore, mais une identité bien assumée à base de caillou, de gravier et de verre pilé. Il faudra attendre le très bon “HTV-3”, son rendu quasi Toolesque et emprunt de l’aspect indus d’un Nine Inch Nails pour profiter d’un chant mélodique de qualité, étouffé mais préparant parfaitement pour la gifle qu’est le refrain, d’une rare puissance. La production prenant ici tout son sens pour sublimer chaque instrument. Certains pourront reprocher l’entrée, un peu trop prévisible, de cloches et autres effets un peu éculés mais, il faut l’admettre, toujours terriblement efficaces.

Le morceau sait prendre de la hauteur, devenir noisy quand nécessaire, retomber dans une étrange simplicité mélodique pour son final également, un vrai temps fort de l’album. Final qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler aux plus vieux gamers parmi nous, la bande son d’un certain Diablo premier du nom ou plus récemment Hades avec ses accords lâchés, joués façon harpe.

J’ai particulièrement apprécié l’ambiance étonnamment optimiste qui plane sur l’intro de “Lira”. Mêlée à ce jeu de caisse claire quasi militaire au fin fond du mix, c’est une pause aux allures de révélations. On y trouve la beauté salvatrice de l’illumination ou de l’ultime sacrement. Et après nous avoir pris par la main, nous avoir accompagné vers la lumière durant de longues minutes, le jugement dernier déferle sur nous. Un finish violent et badass, presque décérébré en comparaison avec le reste de l’album et qui s’avère tout particulièrement jouissif. Mon titre préféré de l’album.

Enfin, comme pour nous inviter à décontracter la nuque et nous étirer convenablement après cette séance de violence sonore impromptue, le groupe nous invite à nous poser et nous laisser bercer par ses élucubrations mélodico-bruitistes sur l’intégralité du dernier titre “Unberth”. Si petit à petit un rythme plus soutenu reprend la main, celui-ci rappelle un générique de fin de film. Digérez ce que vous avez vu, respirez un grand coup, c’est terminé. La lumière se rallume, le silence se fait et notre migration s’achève, dans des contrées plus vertes et propices.

Je ressors de mes écoutes convaincu de la qualité du travail artistique de BOSSK, mais également décontenancé par un album finalement très court et presque pauvre en moments marquants. Sur sept titres, moins de la moitié contiennent des riffs, mélodies ou parties chantées clairement identifiables et bien que le groupe excelle dans la création d’ambiances post-metal s’éloignant des clichés du genre, cela semble un poil maigre en substance. Finalement l’artwork résume assez bien cette migration. BOSSK n’est pas là pour enjoliver, diaboliser ou dénoncer : il pose simplement un constat froid, sale et gris. À nous d’en cerner les nuances et de nous extasier ou pas devant ce qu’on nous présente. Personnellement, malgré cette légère sensation de trop peu, je ne peux rester insensible à ce voyage en décibels et j’espère avoir l’occasion de partager d’autres aventures avec Bossk dans les oreilles.

ARTISTE : Bossk
ALBUM : Migration
DATE DE SORTIE : 18 juin 2021
LABEL : DeathWish Inc.
GENRE : Post-metal
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Last modified: 27 juillet 2021