BLUT AUS NORD “Hallucinogen” (Debemur Morti Productions)

Written by Chronique

Un vent de fraîcheur souffle sur les terres lointaines de Normandie… Un sang nouveau coule dans nos veines, et nous entamons un autre chapitre sonore de ce terrible ouvrage tombé du ciel. En tournant la première page de cet antique grimoire, les caractères dessinés d’une encre bleue se mettent à scintiller de lumières iridescentes, d’étranges morilles spatiales poussent sur la papier jaunis et jusque sur nos doigts. Nous frémissons : le voyage peut commencer.

On ne présente plus l’énigmatique formation BLUT AUS NORD, tapie dans l’ombre depuis presque deux décennies et qui continue pourtant de nous offrir des merveilles sonores, caressant les êtres du ciel de son black metal dissonant et expérimental si particulier. Probablement possédés par des forces mystiques depuis tout ce temps, Vindsval et sa bande présentent en cette fin d’année 2019 un nouvel opus un peu particulier, illustré avec brio par Dehn Sora. “Hallucinogen” parle de lui-même : un trip nous attend. mais à quel niveau de puissance se situera ce psychotrope auditif ? Sur une échelle de “Quatinone” à “Ayahuasca”, je dirais que nous sommes au degré “Mescaline” (environ 7/10) : sensoriel sans être visuel, cosmique sans être hors du temps. Nous voyageons calmement dans les cieux de notre planète tourmentée et complexe, mais les dimensions et les perspectives de notre réalité nous paressent bien étrangères.

À l’ouverture du premier titre “Nomos Nebuleam”, nous sommes en tout cas satisfaits d’entendre un black metal proche des premiers albums, rappelant les balbutiements de “Ultima Thulée” ou du premier “Memoria Vetusta”, mais possédant une chaleur nouvelle. Des choeurs résonnent et nous élèvent rapidement dans la voûte céleste, au-dessus d’un temple noir bâti par des guitares en lévitation. Ces échos nous font entrer en tête une première prière très facile à retenir, et qui continuera à nous obséder une fois le silence rétabli. Des passages plus calmes et contemplatifs font déjà leur apparition — à mon sens la particularité de cet opus.

Plus space rock que véritablement black metal, nous entrons cependant dans la folie de l’esprit humain avec “Nebeleste”, qui envoie des notes de façon anarchique dans nos synapses comme autant de voix schizophréniques chuchotant des incantations venues d’une civilisation inconnue et effrayante. Pas de doute, BLUT AUS NORD est et restera debout pendant encore mille ans. Des solos très groovy apportent un rythme étrange et rarement entendu dans leur discographie sur “Sybellius”, mais cela n’est pas une mauvaise chose pour autant ! Le voyage se complexifie juste. Le chant semble plus cru et moins noyé dans la masse que par le passé.

“Mahagma” est à mon sens la piste la plus intense et intéressante, rappelant les heures glorieuses des regrettés Lunar Aurora, avec ce chant liturgique résonnant dans des paysages intérieurs immenses et lointains. Le blast beat est impitoyable et sombre, on file droit dans un trou de verre, dans une course intemporelle et synesthésique qui ralentira légèrement avant de reprendre un grand coups de flanger sur la piste suivante, “Haallucin hlia”. Se succèdent envolées de guitares quasi-acoustiques et riffs psychédéliques qui nous feront apercevoir la surface de la terre depuis l’espace, avant d’entamer une nouvelle plongée dans la constellation colorée de notre psyché. La substance ingérée contre notre gré au début de cette aventure commence à sérieusement nous tourmenter lorsque vient le passage le plus rapide de l’album, une véritable chute dans le néant digne des monolithes sonores de Darkspace. Une (ou plusieurs) voix nous accompagne(nt) dans un déluge de black metal cosmique, les notes filent à la vitesse de la lumière, puis plus rien. Ou presque.

Une petite lueur au bout du tunnel nous amène déjà au dernier titre. On est encore engourdis par la précédente claque interstellaire. Mais peut-être est-ce là une façon d’adoucir nos pensées tourmentées avant d’entamer la redescente de ce trip plus épique que métaphysique. Bon sans être marquant, intéressant sans être révolutionnaire, c’est à la fois comblés et mitigés que nous décortiquons sans relâche cette nouvelle offrande au risque de la voir se bonifier avec le temps, tel un divin vin normand fait de sang. Encore faudrait-il que la formation nous laisse finir de lire ses chapitres avant d’en écrire de nouveaux. (Nous digérons encore Yeruselem et les sorties précédentes !)

ARTISTE : Blut Aus Nord
ALBUM : “Hallucinogen”
LABEL : Debemur Morti Productions
DATE DE SORTIE : 20 septembre 2019
GENRE : Black metal psychotrope
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Last modified: 1 novembre 2019