Cette nouvelle journée au MOTOCULTOR FESTIVAL 2016 : Le Report – Jour 2 – The Heavy Chronicles

Live Reports

Published on September 7th, 2016 | by Razort

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MOTOCULTOR FESTIVAL 2016 : Le Report – Jour 2

Cette nouvelle journée au MOTOCULTOR FESTIVAL sera chargée en émotions, et tournera autour des genres post-core, sludge, post-metal, post-machin (on ne sait plus trop en fait). Une chose est sûre : les groupes d’aujourd’hui ont une très forte identité visuelle et musicale, et une histoire bien particulière. Il sera donc très dur de rester objectif, surtout dans l’état de fatigue dans lequel je me trouve. Cela fait des mois que j’attendais cette journée du 20 août 2016… Ne tardons plus ! (PHOTOS : Pierre Le Ruyet)

On commence doucement en arrivant pour ATLANTIS CHRONICLES, groupe de death technique et très mélodique abordant le thème de l’Atlantide et de tout l’univers aquatique fantastique qui y est lié (avec un joli décor bleuté derrière eux pour nous mettre dans l’ambiance). Malheureusement, le son est très mal géré, nous avons rapidement mal à la tête et aux oreilles, même si ça ne dure que le temps de deux titres. À réécouter plus attentivement pour essayer de saisir les subtilités du genre. Nous changeons de chapiteau et ne feront d’ailleurs que ça de la journée (pas de Supositor Stage au programme, même si les québécois de GET THE SHOT me tentaient pas mal…)

Encore un concert où on REGARDE LES HOMMES TOMBER sur le sol poussiéreux de la Massey Ferguscene. Il faut dire que le mélange post-core/black metal des nantais ne se prête pas trop à la violence et aux débordements, mais plutôt à la contemplation de jolis stroboscopes. Pour ma part, je me lasse de les voir jouer aussi souvent dans les festivals que je fais en France, même si ce n’est que la seconde fois avec le nouveau chanteur (qui se débrouille extrêmement bien sur scène). Ils jouaient en première partie d’Amenra en octobre dernier… Cette évocation de souvenir me donne déjà des frissons. Je pense à ce soir et me perds dans des réflexions qui me font louper le concert, alors que je suis pourtant physiquement planté devant.

Pause déjeuner en attendant FANGE. Encore un groupe avec un nom français, mais plus obscur, plus efficace, et probablement plus symbolique. Je ne sais absolument pas à quoi m’attendre, je sais juste qu’ils ont fait la première partie de Dopethrone à Nantes au début du mois, ce qui me donne une petite idée. En voyant le matos, je sais que le son sera sale, mais pas tout à fait comme celui des Montréalais. Fange est une entité particulière qui crache un flot de haine et de bruit dès son arrivée, avec beaucoup de bidouillages de son pour obtenir un ensemble granuleux, dégoulinant, lent, assez épais… Un chant arraché et profondément obscur alourdit le tout, et l’attitude étrange du chanteur sur scène rajoute un sentiment de malaise. Ce dernier erre, s’entortille dans le fil du micro, bouscule ses musiciens, semble détaché du monde, rempli d’une haine certaine. Il me semble qu’il pleut de nouveau dehors, comme si les intempéries avaient entendu le groupe et voulaient se mettre dans le thème. C’était un plaisir de se salir les oreilles, j’irai réécouter plus en profondeur !

Petite pause rock’n’roll sympa devant GIUDA après ce flot de gras que nous venons de prendre. En studio, c’était très sympa, mais nous sommes trop crevés et n’arrivons pas réellement à profiter du live. Je décide de rentrer au camping pour faire une sieste avant ce soir, sinon je ne pourrai jamais être à fond pour les meilleurs concerts… De toute façon, rien de bien intéressant jusqu’à 20h : HYPNO5E n’est définitivement pas ma tasse de thé, GOROD passe une dizaine de fois par an en région bordelaise, je ne suis pas d’humeur à entendre une version cheap des Dropkick Murphy’s avec PIPES AND PINTS, par chance DALRIADA a été annulé et reporté à demain (nous n’aurons donc pas à supporter leur folk-metal-pouet-pouet bas de gamme dans cette journée quasiment parfaite)… Au final, il n’y a que GOATWHORE que je regrette d’avoir loupé. 

Nous retournons à la Massey Ferguscene pour nous réveiller devant le hard rock classique de VALIENT THORR, posés au loin avec une bière, toujours pour économiser nos forces avant l’enchaînement fatal de tout à l’heure… Voici les étapes que nous traverseront, et qui me sont apparues en milieu de soiréelorsque je repensais auxdifférentes ambiances que nous traversions : L’Enfer, le Paradis, le Purgatoire, le Ciel, et la Terre

Chapitre 1 : L’Enfer.

Descendons au plus profond du monde, dans l’obscurité. Une église bleutée semble se détacher dans la nuit, quelque part dans le fond de la scène, mais elle ne tarde pas à brûler et s’écrouler sous les guitares grésillantes de la formation norvégienne MAYHEM… Ce soir est joué en intégralité un des meilleurs albums de toute l’histoire du black metal : De Mysteriis Dom Sathanas. Même si je fais partie de ceux qui préfèrent la voix morbide de Dead à celle plus abyssale d’Attila Csihar, je reconnais que cet opus a marqué l’histoire et mérite d’être vécu en live au moins une fois. Je reste le temps des deux premiers titres, qui figurent parmi mes préférés, “Funeral Fog” et “Freezing Moon”. Mais ces derniers mettent un certain temps à commencer… Le groupe traine, les gestes sont lents, calculés. Je veux aller à la dédicace d’Amenra juste à côté qui commence dans 5 minutes. Au final, je loupe ces derniers pour quelques guignoleries scéniques, un show ennuyeux, une omniprésence de lumières bleues (malheur des photographes) et un son loin d’être parfait. L’époque du True Mayhem sulfureux, sanguinaire et démoniaque a laissé place à une entité fantomatique qui n’a plus rien à voir avec les débuts. Il est temps de décoller !

Chapitre 2 : Le Paradis.

Nous nous précipitons pour voir les suédois de CULT OF LUNA, qui sont l’un de mes groupes préférés de tous les temps. Scéniquement, j’ai rarement connu de concerts aussi intenses que les leurs (tout particulièrement leur prestation au Hellfest 2013 et leur date à Paris en avril dernier où, après un best of de presque une heure, nous avions eu droit à Somewhere Along the Highway dans son intégralité). Ce soir, aucun titre de cet album à ma grande déception, mais un show axé autour de Vertikal, tout aussi génial ! Quatre titres dans la setlist. Dont une ouverture parfaite sur la magistrale pièce de presque vingt minutes qu’est “Viscarious Redemption”. “I: The Weapon” vient parfaitement se glisser derrière. Les lumières blanches et stroboscopes sont en harmonie parfaite avec le son, comme d’habitude. C’est un spectacle divin qui nous hypnotise, et je sens monter des larmes de joie et de tristesse à la fois sur les dernières notes du solo (malgré quelques pains, sérieusement !). Les batteries se décalent même lors de la fin du morceau, mais peu de monde semble y faire attention. Les sept scandinaves sont noyés dans des fumées blanches formées par fumigènes et lumières mêlées, ne devenant que de simples silhouettes exécutant une musique venue d’un paradis enneigé… Des silhouettes qui – coïncidence – entament “Ghost Trail” de l’album Eternal Kingdom, avec sa fin en crescendo réussie à la perfection. Tout se termine en apothéose sur une des musiques les plus puissantes qu’il m’ait été donné d’entendre dans ma vie : le chef d’oeuvre “In Awe Of” qui nous pulvérise la rétine et nous envoie dans les étoiles. Nous retombons alors dans le silence, dans le chapiteau juste à côté.

Chapitre 3 : Le Purgatoire.

Changement d’ambiance, la lumière laisse place à l’ombre, une fois encore… Nous voici devant l’immense Dave Mustage face à une des grosses attentes pour nombre de festivaliers : les américains de NEUROSIS et leur sludge/post-metal triste et angoissé à souhait. Arrivée dans le silence. Des samples, puis un mur de son nous enferme instantanément dans une grotte moite se gorgeant de fumées aux substances douteuses… “Malaise”. C’est le mot qu’on pourrait mettre sur ce type d’ambiance. Et aussi “fascination”. Le charisme et les voix rocailleuses de Scott Kelly et Steve von Till nous mènent dans une histoire personnelle et tragique, celle d’un groupe au passif lourd que je ne connais malheureusement que trop peu. Malgré une setlist plus courte, l’ambiance est ce soir plus oppressante qu’elle ne l’était au Brutal Assault la semaine passée, en partie parce qu’il fait nuit noire et que nous sommes sous chapiteau. Un chapiteau d’obscurité et de tristesse dégagée par des titres parfaits tels que “Times of Grace”, “Lost”, “Given to the Rising”, et deux petits nouveaux qui figureront sur le très attendu nouvel album Fire Within Fires… Le show se cloture sur la superbe “Locust Star” et met une dernière baffe à un public qui reste sonné, comme s’il venait de se prendre un énorme caillou sur le haut du crâne. Un caillou nommé Neurosis.

Chapitre 4 : Le Ciel.

Quel audace de programmer un groupe tel que CARPENTER BRUT dans un festival metal. Pour ceux qui ne connaissent pas, prenez de l’electro sombre et violente telle qu’en fait leur pote Perturbator. Construisez une ambiance rétro synth wave 80’s et jeux vidéos vintages, à laquelle vous greffez une guitare électrique, des lumières rouges, une imagerie satanique, une véritable batterie semi-électronique… Enfin, diffusez des films de John Carpenter et d’autres oeuvres kitchs du cinéma italien. Vous obtenez le mélange le plus détonnant et efficace des mondes electro et metal, réunis dans une formation made in France. Autant vous dire que dans un festival tel que le Motocultor, l’ambiance était au rendez-vous, et quel son d’une clarté rare ! “Le Perv” et sa noirceur démoniaque a convaincu les plus septiques, la dansante “Disco Zombi Italia” a instantanément réchauffé l’atmosphère (gelée par les deux précédents groupes), la très attendue “Turbo Killer” en guise de climax de délire et clou du spectacle… Mon Dieu, cette reprise de Flashdance accompagnée du karaoké “She’s A Maniac” ! Je n’ai jamais vu autant de métalleux chanter et danser comme des gamins sur de la musique de ce genre. Tout le monde a oublié la fatigue, la tristesse, les embrouilles. Tout le monde a décollé dans une autre dimension, au-dessus du sol, quelque part dans un brutagramme (nom du logo du groupe) céleste, enivrant par sa symétrie parfaite et fascinante… La descente va être dure.

Chapitre 5 : La Terre.

AMENRA, c’est l’ombre et la lumière réunie. Le jour et la nuit se succédant dans la douleur. Nous entrons dans l’obscurité à toute vitesse pour nous placer devant. J’entre instantanément dans un état second lorsque les premières notes de “Boden” se font entendre… (Mais les bavardages d’ivrognes ne cessent pas, alors j’en profite pour passer un message : fermez-la à tout jamais. Lorsqu’un concert aussi intimiste et sombre que celui du groupe belge commence, trente secondes suffisent à vous faire comprendre qu’il faut FERMER SA GRANDE GUEULE ET ECOUTER. Jaugez l’ambiance autour de vous : vous voyez des sourires ? Vous voyez du pogo ? Vous entendez du rythme entraînant et chaleureux ? NON.)

Amenra nous mène dans les profondeurs de la Terre et les morbides allées creusées par des créatures qui habitent nos esprits : nos démons intérieurs. Colin entre en transe et entame ses danses rituelles, nous glaçant le sang de son cri aussi inhumain que sublimement maîtrisé. Un son lourd et parfaitement réglé, des lumières discrètes mais judicieusement placées… Les incroyables “Terziele”, “Razoreater”, l’angoissante “Nowena” précédée d’un son de guitare envoûtant… et Colin au micro qui demande “s’il vous plaît” d’une voix calme mais insistante. “Am Kreuz” commence, et c’est la fin pour moi. J’enfile mon pull, capuche rabattue, isolement, introspection, et larmes durant presque cinq minutes. Je ne m’éterniserai pas sur ce que signifie cette musique pour moi, mais je peux vous la décrire : un flot de rage, de peur, de haine et de solitude flottant sur des mélodies aériennes et subtiles, comme un fleuve noir qui nage sur un fleuve blanc… intimement mêlés. Colin se met face à nous pour le final, la dernière oraison : “Silver Needle / Golden Nail”. Main tendue vers la foule, comme pour nous saisir à la gorge pendant que les fumigènes envahissent la scène et les lumières s’éteignent progressivement… Et le coup fatal est donné : le silence soudain. La fumée. La fin.

Nous venons de sortir de terre. Nous ne sommes plus tout à fait les mêmes. Personne ne comprend, certains tentent un rappel, alors je fuis. J’erre durant des heures à la recherche de silence et de fraicheur dans les forêts alentours, entourés d’amis tout aussi retournés que moi par ce que nous venons de vivre. Au final, je me demande si c’était une bonne chose de revoir cette entité dans un festival aussi peu adapté à ce type de musique. Je suis pourtant heureux de les avoir revu, et je serai prêt à traverser l’Europe pour une troisième, quatrième, dixième fois… Dès que j’aurai retrouvé cette partie de mon âme qui est restée ensevelie sous des tonnes de vibrations négatives… A demain pour une journée radicalement différente !

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Razort

Dessinateur un peu dérangé quand on me donne un crayon, chevalier de la bière lorsque j'enfile mon armure sur scène, étudiant bordelais le reste du temps, en chasse perpétuelle de nouveaux concerts pour en relater des souvenirs plus ou moins flous.



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