« Electric Ladyland Redux » (Magnetic Eye Records 2015)

Aurelien NoyerWritten by Chroniques

Je ne sais plus si c’était Hamlet ou Jack Slater qui disait « il y a quelque chose de pourri au royaume des tribute albums ». Dans les deux cas, on ne saurait lui donner tort. Voici près de cinquante ans que les musiciens de rock s’échinent à rendre hommage à son format emblématique, c’est-à-dire le format album ou LP. Le rock’n’roll et la pop des origines étaient conditionnés par le 45T, le disco et l’electro ont été façonnés autour du maxi single… et le rock s’est construit avec l’album et ses variations : double voire triple album, album-concept, opéra rock, etc… Dès lors, il semblerait normal que la plupart des tribute albums en tout genre qui sortent chaque année saluent non seulement au travail de composition des musiciens qu’ils célèbrent, mais aussi à leur effort pour proposer des albums cohérents, au sequencing choisi avec soin, à l’esthétique globale soignée. Eh bien, que dalle ! Les tribute albums qui s’attachent à l’honorable tache de reprendre un album en entier sont rares et, en plus, ils sont souvent l’œuvre d’un seul groupe ou artiste. Rien que parce qu’il implique différents groupes, le projet Electric Ladyland Redux initié par le label Magnetic Eye sortait forcément du lot dès les premières annonces concernant son shut up and take my money financement participatif.

Side A
1. « …And the Gods Made Love » / Elephant Tree
2. « Have You Ever Been (To Electric Ladyland) » / Open Hand
3. « Crosstown Traffic » / Superchief
4. « Voodoo Chile » / All Them Witches
Side B
1. « Little Miss Strange » / Origami Horses
2. « Long Hot Summer Night » / The Heavy Eyes
3. « Come On (Let the Good Times Roll) » / Earthless
4. « Gypsy Eyes » / Wo Fat
5. « Burning of the Midnight Lamp » / Mos Generator
Side C
1. « Rainy Day, Dream Away » / Gozu
2. »1983… (A Merman I Should Turn to Be) » / Summoner
3. « Moon, Turn the Tides… Gently Gently Away » / Claymation
Side D
1. « Still Raining, Still Dreaming » / Mothership
2. « House Burning Down » / King Buffalo
3. « All Along the Watchtower » / Tunga Moln
4. « Voodoo Child (Slight Return) » / Elder

Après des mois d’attente, on a pu répondre à la première question : est-ce que Electric Ladyland Redux fait honneur à son glorieux modèle ? La réponse est sans équivoque, oui ! D’abord parce que chacun des groupes trouvent sa façon de s’approprier le titre qui lui est échu. Que ALL THEM WITCHES s’empare de la longue jam blues de « Voodoo Chile » semblait une évidence a priori, et ça l’est tant le quatuor du Tennessee se balade allègrement sur les traces d’Hendrix. Il y a presque un côté nonchalant dans l’interprétation, comme si le groupe n’avait pas besoin de se forcer… et c’est précisément en cela que ALL THEM WITCHES parvient à retrouver l’esprit originel du morceau. De la même façon, EARTHLESS déroule son groove acide sur « Let The Good Times Roll » comme si le titre avait été écrit pour eux. En s’appropriant complètement le morceau sans jamais que leur interprétation ne jure avec le style du morceau original, EARTHLESS révèlent à quel point la musique de Hendrix est finalement au cœur de leur style. Même des groupes au style plus éloigné de celui d’Hendrix parviennent à trouver le gimmick qui leur permet de rendre l’exercice passionnant. Les arrangements vocaux de SUPERCHIEF viennent ainsi muscler « Crosstown Traffic » alors que TUNGA MOLN désarçonne l’auditeur en traduisant « All Along The Watchtower » en suédois ! À ce petit jeu-là, c’est néanmoins ELDER qui s’en tire le mieux en revisitant « Voodoo Child (Slight Return) » de fond en comble. Au risque de rendre le morceau méconnaissable, le groupe n’hésite pas à varier les styles et les atmosphères, commençant avec une longue introduction psyché, pour passer à un bloc de saturation heavy et continuer avec un solo distordu à la limite de l’expérimentation bruitiste. En un morceau, ELDER réussit le tour de force de rendre hommage à la diversité de l’Electric Ladyland originel.

Au final, ce qu’on retient au bout des 88 minutes de l’album, c’est que les groupes convoqués par Magnetic Eye sont parvenus collectivement à redonner à Electric Ladyland sa fraicheur initiale. Si on a eu peu tendance à traiter les classiques de la fin des années 60 (Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band, Pet Sounds, Anthem of the Sun, Beggars Banquet) comme des reliques du passé (« leur place est dans un musée ») qu’il faudrait vénérer comme des œuvres parfaites, Electric Ladyland Redux vient nous rappeler que l’album d’Hendrix était avant tout un terrain de jeu pour le guitariste. Disposant enfin d’un temps de studio conséquent et d’une totale liberté artistique, celui-ci avait pu expérimenter. Le résultat sonnait comme un assemblage de bric et de broc, regroupant des pistes évoquant la recherche en électro-acoustique (« Moon, Turn The Tides… Gently Gently Away »), des jams blues (« Still Raining, Still Dreaming »), ses morceaux pop (« House Burning Down »).

En réactualisant cet aspect anarchique sans jamais trahir l’esprit de chaque titre, le label Magnetic Eye montre qu’Electric Ladyland reste une source intarissable d’idées à laquelle toute une scène musicale peut venir s’abreuver… ce qui constitue probablement le plus beau des hommages !

ARTISTE : Various
TITRE : « Electric Ladyland Redux » 
DATE DE SORTIE : 3 juillet 2015
LABEL : Magnetic Eye Records
GENRE : Blues rock psyché
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Last modified: novembre 26, 2015

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