CLUTCH + PLANET OF ZEUS @ Le Trabendo (Paris, 27.11.15)

Sylvain GolvetWritten by Live Reports

En guise de tour de chauffe à cette date attendue du Trabendo, CLUTCH se produisait la veille sur le plateau de l’Album de la Semaine pour Canal Plus. Forcément, en amateur du groupe et ne tarissant jamais d’éloges envers Stéphane Saunier, le programmateur musical historique de Nulle Part Ailleurs en charge de l’émission, je ne pouvais pas rater ça. Invitation en poche, me voilà dans le studio de la Plaine St Denis avec un public de connaisseurs (et de connaissances). Mais l’expérience va s’avérer frustrante. Malgré un son très correct, une lumière idoine et un placement idéal pour voir le quatuor en action, on aura l’impression d’avoir vu une prestation en demi-teinte. Déjà, parce que c’est un mini-concert de seulement sept morceaux, mais là on était prévenus. Mais surtout parce que malgré un début assez enthousiasmant, le soufflé va redescendre un peu et l’on va assister à une prestation presque molle avec un Neil Fallon tendu. QUOI ? QU’ENTEND-JE ? Un concert mou de Clutch ? Eh oui, c’est l’avis quasi général à la sortie. Le groupe s’est-il senti peu à son aise dans le cadre d’un plateau de télé ? Le contact avec le public était-il trop limité ? Toujours est-il que l’appréhension est là : et si le concert du lendemain se révélait juste potable ? Une possibilité qu’on a du mal à envisager.

Jour-J donc. C’est PLANET OF ZEUS qui se charge de chauffer un public compact (le concert est archi-complet) et qui le fait plutôt bien. La formule des Grecs est assez simple : du stoner-blues lorgnant chez Clutch marié à un son plus musclé emprunté chez Dozer. L’énergie est là et fait le job en début de set. Il manque peut-être juste les morceaux qui vont avec car on commence à s’ennuyer quelque peu au bout de quelques titres pas hyper folichons en écriture. Heureusement, la fin du set donnera l’occasion à Planet of Zeus de montrer qu’ils sont aussi à l’aise dans la jam blues, pour le plaisir d’un public bien réceptif.

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Voilà, c’est l’heure de l’entrée en scène de CLUTCH, qui attaquent bille en tête par du solide et du velu : « X-Ray Visions », « Crucial Velocity », « Cyborg Bette » et même « Burning Beard », le tout mené à grand train. Ok, on est pas là pour se regarder les lacets. Ce que la foule ne fait pas d’ailleurs, elle préfère se jeter les uns sur les autres et arroser le tout de quelques verres de bière. Ça ne s’arrêtera pas vraiment avant les rythmes plus chaloupés de « A Quick Death in Texas » et c’est tant mieux. On regrette quand même que le son soit si traité dans les aigus, enlevant un peu trop de chaleur et de finesse à la batterie si importante de Jean-Paul Gaster. Mais le doute n’est plus trop permis : les gars sont bel et bien là pour nous retourner la tête, avec une setlist axée sur les meilleurs morceaux des deux derniers albums mais avec également quelques vieilleries de bon aloi.

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Évidemment, ce concert est encore empreint d’une certaine atmosphère post-attentat. Les slams semblent plus prononcés, les popotins remuent avec plus d’entrain. On se souviendra de cet alpiniste fou qui profitera de tout promontoire disponible pour montrer son t-shirt parlant de résistance. Mais surtout, l’image qui restera dans ma mémoire (et dans celle des autres personnes présentes, je n’en doute pas) c’est celle de ce drapeau français floqué d’un « fluctuat nec mergitur » brandi par ce chevelu vite porté par ses camarades de fosses pendant « Our Lady of Electric Light ». L’émotion est palpable autour de nous, les applaudissements accompagnant son trajet aérien sentent la joie sincère de rendre un hommage plus intime et plus spécifique à la communauté rock n’ roll touchée dernièrement. Puis, par un heureux hasard de setlist, c’est « Earth Rocker » qui retentit alors dans le Trabendo et qui va permettre à tout les gens présents de relâcher toutes leurs tensions en hurlant des bwaaa haaa haaa haaa !!! d’une puissance cathartique rare. Un moment qu’on est heureux d’avoir vécu et ce n’est pas Neil Fallon qui nous contredira, en témoigne le message poignant qu’il a laissé à ce propos sur son Instagram.

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C’est clair, maintenant : la veille, le groupe en gardait sous le coude pour honorer le public de ce soir comme le confirment les incartades dans les vieux pots qui sonnent ce soir toujours aussi frais (« Escape From Prison Planet », « Spacegrass »). Le public est pris par le démon de la danse et la fosse se transforme en vrai Go-Go Club grâce à un « DC Sound Attack » démentiel (en témoigne la vidéo de Fabian Belleville). Enfin, la mob deviendra wild avec « The Mob Goes Wild », comme de bien entendu.

Je laisse à Neil le soin de conclure cette soirée : « Nothing out of the ordinary happened. People danced. People sang. People threw liters of beer across the room. By all accounts, it was a typical rock show. But these seemingly ordinary behaviors were extraordinary. The show wasn’t about Clutch. It was about Paris. It was about the indomitable spirit of humanity’s best retaliating against its worst… with joy.« 

Pas mieux. Merci les gars.

SETLIST  :
X-Ray Visions
Firebirds!
Crucial Velocity
Burning Beard
Cyborg Bette
Unto the Breach
Sucker for the Witch
A Quick Death in Texas
Our Lady of Electric Light
Earth Rocker
Escape From the Prison Planet
Spacegrass
Noble Savage
Your Love is Incarceration
Son of Virginia

D.C. Sound Attack!
The Mob Goes Wild

Last modified: septembre 1, 2016

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