DESERTFEST BELGIUM 2014 Report : Vendredi 10 octobre

BeehoWritten by Live Reports

À l’heure actuelle dans le milieu doom/stoner, les deux références absolues en terme de festivals sont le Roadburn (Tilburg) et le Desertfest (Londres et Berlin). Alors lorsque ce dernier lance son DESERTFEST BELGIUM à Anvers avec des headliners comme Fu Manchu, Brant Bjork, Electric Wizard, Yob ou encore Kadavar, forcément, les pèlerins du heavy débarquent de toute l’Europe et plus encore. Avec une orga aux petits oignons et une billetterie qui a vite affiché complet, pas difficile de décréter que cette première édition belge a été une belle réussite. Retour sur un premier jour de festival peu chargé, mais tout de même fort en gros rock. (PHOTOS : Sylvain Golvet)

Fraîchement débarqués pour l’ouverture officielle des portes du Trix (situé en périphérie d’Anvers), nous avons à peine le temps de récupérer nos pass Desertfest que nous devons aller à la rencontre du duo allemand The Picturebooks pour une interview (à lire prochainement sur THC). Accueillis avec le sourire par le groupe et son manager dans les jardins encore déserts du Trix, nous passons une belle demi-heure à décrypter ensemble leur parcours atypique et cette pépite rock qu’est leur nouvel album « Imaginary Horse » (chroniqué ici). Cette agréable rencontre nous met, mon collègue Sylvain et moi-même, en parfaite condition pour le show du groupe, prévu dans la foulée sur la Canyon Stage à l’étage du complexe. Je dois d’ailleurs préciser qu’il va nous falloir plus que la soirée pour arriver à prendre nos marques dans ce complexe aux trois salles et multiples couloirs !

Notre premier concert du week-end est donc ce fabuleux duo que sont THE PICTUREBOOKS. On se faufile au premier rang et retrouvons les confrères de Pelecanus et VS, histoire de faire les groupies entre frenchies. Nos Allemands débarquent sur scène à l’heure, et se lancent sans plus attendre dans une performance physique et poignante, captivant en quelques minutes même ceux qui passaient là par hasard.

L’ambiance garage rock intimiste de « Imaginary Horse » laisse place à un véritable mur du son, les riffs corrosifs de Fynn Grabke rivalisant de puissance avec le bourrinage incessant de Philipp Mirtschink à la batterie. Enfin, « batterie »… Il s’agit plus ici de cogner le plus fort possible sur ses toms avec des maillets complètement défoncés, à tel point qu’une partie de son drumkit s’écroule à deux reprises (et l’assistance de monter sur scène pour revisser le bouzin, pendant que l’homme se déchaîne comme si c’était son dernier jour sur Terre). Peut-être que ce battement continuel semblera étouffant pour certains, mais bon sang, rien à faire : les mecs sont tellement habités par leur musique qu’on ne peut qu’être fascinés. Et puis quel plaisir de pouvoir enfin entendre le sublime « Your Kisses Burn Like Fire » en live… À revoir ce mois-ci et en novembre dans toute l’Europe avec Kadavar.

Je passe furtivement par la Desert Stage (la plus grande salle du Trix, avec une capacité de 1100 personnes) pour voir BLUES PILLS exécuter leur formule blues 70’s millimétrée, vision qui ne m’emballe pas plus que ça car j’ai plus l’impression d’assister à la performance de l’orchestre du David Letterman show qu’à un vrai show rock… Ces enfants sont décidément trop sages. Je file donc à la Vulture Stage (le bar du rez-de-chaussé) découvrir VALLEY OF THE SUN. Avec un nom pareil et dans un festoche pareil, la couleur était annoncée d’avance, et il n’y a effectivement pas tromperie sur la marchandise puisque le trio de Cincinnati (bon d’accord, léger fail sur la provenance) envoie une mixture heavy/desert rock punchy emmenée par un très bon chanteur. Très bonne découverte !

Vu que le Desertfest a eu la bonne idée de proposer un « food market » dans les jardins du Trix, je me laisse tenter par l’un des burgers vegan au stand « Just Like Your Mom ». Non seulement la bouffe y est bonne, on vous rajoute un méga supplément de sauce avec le sourire, mais tout ici est fait pour que le festivalier puisse se poser tranquillou, que ce soit autour d’une table ou dans un canap’ sous l’une des nombreuses tonnelles du jardin. En gros, le food market c’est la zone chill du festoche : peu importe l’heure, tu y croise forcément des visages connus (voire des groupes connus, waaaah) et l’ambiance y est super amicale.

Je ne sais si c’était une bonne idée de ma part de vouloir entamer ma digestion sur TONER LOW, car l’expérience qui va suivre s’annonce plus que physique. Arrivée dans la pénombre d’une Canyon Stage déjà bien remplie, je comprends de suite que ce n’est pas à quelques effluves de doom psyché auxquelles je vais avoir droit, mais plus à la sensation de ma tête coincée dans un turboréacteur en marche. Et comme j’ai l’intelligence de me placer JUSTE devant l’une des deux enceintes, je me retrouve à vibrer de la tête aux pieds (en passant par les viscères) pendant vingt bonnes minutes, c’est-à-dire l’équivalent d’un morceau. Je crois que la dernière fois que j’ai vécu un tel trip mégadoom, c’était lors d’un concert de Jucifer. Grande classe, Toner Low.

Un rapide crochet à la Desert Stage me permet de constater que, même s’ils ont beau tourner toute l’année, les gars de TRUCKFIGHTERS remplissent toujours autant les salles. Avec un nouveau batteur qui semble adorer faire le show, le groupe tire parti de l’excellent son de la salle (putain, ça change du Ballroom à Londres !) et offre son show ultra rôdé à tous les amateurs de fuzz rock, avec une setlist sans temps mort. Les ayant vu au moins 50 fois (ce qui correspond approximativement à 472 sauts de Dango), je reste une dizaine de minutes, puis repars dans la zone chill pour croiser des Picturebooks très contents de leur concert de début de soirée.

Vient l’heure tant attendue du premier headliner de notre week-end anversois : KADAVAR, le trio hippie métal qui met plus ou moins tous les autres groupes de revival 70’s à l’amende, grâce à des performances intensément rock’n’roll. Habituée de leurs concerts, je vais me caler à la barrière, histoire de pouvoir m’accrocher à quelque chose en cas de tsunami humain. Très à l’aise sur une grande scène, Kadavar nous gratifient d’un show monstrueux, sans artifices : juste un putain de groove, des riffs suants de gras et un Tiger dantesque à la batterie. Et même si la foule n’a pas l’air très portée sur le pogo ou le slam, ça réagit quand même au quart de tour à chaque morceau, si bien que les mecs de la sécu finissent eux aussi par bouger la tête et jeter des coups d’oeil à la scène toutes les cinq minutes.

Objectivement, Kadavar est l’un des meilleurs groupes live du genre à l’heure actuelle, et pour les avoir vu un grand nombre de fois dans des contextes très différents, je peux vous dire que c’était l’un de leurs meilleurs shows en terme de puissance et technique. L’exécution des morceaux était immense, l’énergie toujours contagieuse, et puis les observer sur scène tous les trois a toujours un petit côté grisant : entre Lupus (chant/gratte) qui nous tabasse de solos épiques tout en headbangant comme un malade, Tiger (pieuvre) qui envoie de la ride dans tous les sens et fait preuve d’un swing pas possible, et Simon (basse) et son attitude féline et extrêmement concentrée… L’impression de voir les Avengers du proto-métal en action. Terminer ce premier soir par une telle décharge d’électricité, on ne demandait pas mieux. Maintenant, direction l’after #1 du week-end… Bonne nuit, Antwerp !

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Last modified: décembre 1, 2014

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