DESERTFEST LONDON 2013 Le report complet : Dimanche 28 Avril

BeehoWritten by Live Reports

Ce n’est pas encore l’heure de faire nos adieux à cette édition 2013 du DESERTFEST londonien. Cela fait certes une semaine que le festival est terminé, mais j’ai bien l’intention de vous transporter une dernière fois au pays des possibles. Vous savez, ce périmètre imaginaire entre Camden Road, Kentish Road, Greenland Road et Camden High Street ? Cette zone magique à la croisée des clubs où des centaines d’entre nous ont connu le frisson, la claque et même vécu des trips psychédéliques ? Ce dernier jour du Desertfest a été au-delà de nos attentes, et même si on a encore dû faire des choix impossibles entre les différentes scènes, l’explosivité fût au rendez-vous. Je clos donc ce triple report avec les lives de GLOWSUN, NAAM, TRUCKFIGHTERS, THE SHRINE et PENTAGRAM, mais mon esprit continuera de vagabonder encore un moment dans les souvenirs de ce week-end inoubliable… (Photos : Gael Mathieu)

 

Si vous avez lu les reports des deux premiers jours, vous aurez compris que pour nous, le vendredi a été synonyme de prise de repères, mais qu’il a surtout été marqué par les performances puissantes voire hors-normes de Kadavar ou encore Hexvessel et The Admiral Sir Cloudesley Shovell. Le peu de concerts que nous avons pu voir le samedi ? Que du grand luxe. Entre une leçon de desert rock prise directement à la source avec Unida, une claque devant le talent intact de John Garcia, une mâchoire décrochée devant la maîtrise de Lowrider, et un orgasme devant Gurt… On peut dire que la programmation de ces deux premiers jours a imposé le respect grave. Pour cette dernière journée, j’avais deux possibilités : passer l’aprèm au temple du doom, l’Underworld, pour enfin voir Conan, Belzebong, Cough et Bongripper, ou me planter stratégiquement à l’Electric Ballroom pour un trip à base de headliners stoner/psyché/perché. Sachant que j’avais plusieurs rendez-vous avec des groupes jouant au Ballroom, la proximité l’a emporté sur mon penchant pour les sonorités obscures.

Stoned is the definition : GLOWSUN (Facebook)

Au départ programmés à l’Underworld, les Lillois de Glowsun ont finalement le privilège d’ouvrir cette dernière journée à l’Electric Ballroom. La salle n’est encore qu’à moitié remplie, mais on sent que les personnes présentes ne sont pas là juste pour meubler le temps, les oreilles sont affûtées au max pour le groupe. Je me rappelle avoir eu une discussion avec le chanteur et guitariste Johan Jaccob à propos de la signification du terme stoner et de ce que ça impliquait musicalement et culturellement, et donc même si je sais qu’il grincera sûrement des dents en me lisant, j’ai quand même envie de dire une chose : la musique de Glowsun pourrait à elle seule définir le terme « stoner rock ». J’ai toujours beaucoup aimé les ambiances subtilement indianisantes de leur musique, comme une version super heavy et endiablée de My Sleeping Karma. De mon avant-poste dans la fosse photo, le son est tellement fort que mes poumons sont à deux doigts de se décrocher de ma cage thoracique, sensation qui n’est pas arrangée par la présence d’un énorme bâton d’encens devant l’ampli central. À deux doigts de rendre mon breakfast et toutes mes viscères, je suis obligée de sortir au bout d’un morceau. Retranchée sur le côté de la fosse, ça ne passe toujours pas. Trop de basses, trop de vibrations. Je me re-retranche, cette fois-ci tout au fond de la salle, et LÀ c’est cool. Le groupe délivre un set quasi instrumental et je sens la contemplation et l’admiration autour de moi. Chaque pelé est attentif, chakras grands ouverts. Un peu en avance sur son timing, le groupe finit son set et se voit applaudi comme une tête d’affiche. Totalement mérité !

Après le concert, nous retrouvons les trois zikos dehors pour leur tirer le portrait. Je les aurais bien emmené au bout du monde pour trouver THE spot trop psyché et faire la photo de la décennie, mais ils ont la flemme alors on se contente d’une ruelle aux murs en briques pour notre session photo. De retour sur la place centrale de Camden, on décide d’aller faire un tour au Vans Store pour écouter Tombstones, mais le set finit au moment où le vigile nous laisse enfin entrer. Ces sessions acoustiques ne seront  définitivement pas pour nous ! De retour au Ballroom, l’ancien gratteux de Pentagram est en train de faire son show. Victor Griffin-Inslaved prodigue un rock très bluesy, très old school, mais de ce que je vois, on dirait plus un show de guitar hero qu’autre chose… Je passe mon tour.

Filled with purple haze : NAAM (Facebook)

Premier grand moment d’excitation de la journée pour votre serviteuse : NAAM. Étant amatrice de 99% des groupes signés chez Tee Pee Records, les petits gars de Brooklyn sont une de mes grosses attentes de ce Desertfest. La mise en place est un peu longue, on sent les mecs perfectionnistes. Naam c’est du rock psyché d’orfèvre : chaque détail compte, donc on ne leur en veut pas. À peine la machine Naam lancée, je suis aspirée dans un vortex de rock low-tempo et planant. On pense aux Pink Floyd, ou en cherchant des comparaisons plus récentes, aux texans de Black Angels. Pour la première fois du week-end, le son est super propre au Ballroom… Enfin, si on enlève le fait que les zikos n’ont pas de retour voix et que leurs harmonies sont parfois assez hasardeuses (mais toujours super intenses). Les compos de Naam sont si multidimensionnelles qu’à chaque fin de riff, le morceau peut prendre un tournant carrément inattendu, sans jamais lasser. Le Nag Champa me monte aux narines et je passe tout le reste du set les yeux fermés, à kiffer la vibe. La voix lancinante de Ryan Hamilton, les guitares hypnotiques, les impros d’orgue, les cris sauvages du bassiste… Je me sens comme les branches d’un saule emportées avec délicatesse par le vent… J’ouvre brièvement les yeux et vois tous les gens autour de moi pris dans ce même tourbillon de psychédélie. Ce groupe est monstrueusement bon, monstrueusement puissant. Ryan Hamilton et sa troupe terminent le set sur « Kingdom », un morceau sombre de 10 minutes… Le retour à la réalité ? Quel retour à la réalité ? Mais qui êtes-vous !? Bonjour !

Craziest Swedish rockers alive : TRUCKFIGHTERS (site web)

18h30. Mon coeur me hurle « cours voir Belzebong tant qu’il est encore temps !!! » mais ma raison me dit « reste, tu ne dois pas rater Truckfighters ». Et comme je sais que l’Underworld doit être blindé à l’heure qu’il est, hé bien j’attends tranquillement mes trois suédois au Ballroom. Le temps de descendre ma dixième canette de Monster Energy de la journée (je suis devenue addict le temps d’un week-end) et d’aller pour la dixième fois dire bonjour à la dame pipi qui fait des compliments à tout le monde pour pouvoir vendre ses sucettes (dafuq ?), et on est repartis. Je constate que le micro d’Ozo est placé à l’extrême gauche de la scène. Ceux qui ne connaissent pas le groupe ne comprennent sûrement pas cette config, mais vous allez très vite piger. « Desert Cruiser » lance les hostilités, et déjà je vois les gens s’enflammer dans le pit. Pour info, le Ballroom est désormais plein à craquer de personnes au sourire béat. Réceptif à cet engouement généralisé, Ozo laisse la foule prendre les commandes sur le refrain (« I’m running out of fuuueel, oh yeeeaah« ), tandis que Dango saute plus haut qu’il n’a jamais sauté auparavant. Troisième fois que je les vois en un an, et c’est la première fois que je les vois aussi extatiques ! L’osmose entre les gars et la foule est impressionnante, et c’est la première fois du week-end que je vois le public se transformer en tsunami humain. Les VIP se pressent en backstage pour admirer le show depuis le côté de la scène, je crois que Truckfighters fait l’unanimité. Le temps d’un solo de guitare, je me perds à fermer les yeux, et lorsque je les réouvre, Dango est juste sous mes yeux en train de passer dans la foule ! Les gars sont tout sourire, et nous offrent pour le coup deux nouveaux morceaux qui figureront sur le prochain album (date de sortie inconnue à ce jour). Tout le monde est fou, Ozo lâche même sa basse pour aller plonger dans la foule. Bordel mais quel show ! Quelle énergie ! Sköl Truckfighters !

Parce que nous ne sommes pas que des fans mais aussi des professionnels, nous attendons calmement le groupe dans les loges pour les quelques photos qu’on avait prévues avec eux. Pendant ce temps, les légendes Colour Haze entament leur set. Le temps de servir de cobaye pour l’éclairage photo et j’abandonne mon collègue à ses photos pour courir au Black Heart, oui COURIR, histoire de pouvoir choper la fin du concert de The Shrine. Il est 20h30, j’ai 15 minutes top chrono pour choper le dernier riff.

Fucking primitive blast : THE SHRINE (Facebook)

Et quel putain de soulagement de voir que le show n’est pas encore fini ! Alors que je jette ma veste à sur une banquette à l’étage du bar, le groupe entame son hit « Primitive Blast ». Il fait méga chaud et moite, et les pogoteurs se font plaisir. L’ambiance est rock’n’roll, autant dire qu’après 24 heures passées au Ballroom, ça fait du bien de retrouver cette vibe de rade underground survolté. Les californiens de The Shrine en deux mots ? Bombe. Atomique. Ces skateurs de Venice sont les fervents défenseurs d’une vibe punk/hard rock à l’ancienne, avec toute la sueur et la crasse qui en découle (miam). Je ne sais pas s’ils chantent juste, s’ils jouent en rythme, s’ils sont virtuoses : tout ce que je sais, c’est qu’ils lâchent tout comme des fous furieux et malmènent notre petit coeur rock’n’roll avec le sourire. Ces quinze minutes avec The Shrine sont de loin les plus brutes et les plus intenses que j’aie vécues de tout le festival. Ces mecs sont des enragés, des bras cassés qui n’en ont rien à foutre, tout ce qui compte pour eux c’est de faire ce qu’ils aiment et de le partager. Pour finir ce set qui aurait mérité une bonne heure (même si je ne suis pas sûre qu’ils aient assez de morceaux pour tenir plus de 45 minutes), les zikos se jettent dans nos bras depuis la scène. Tout le monde leur serre la main et les remercie, je me tourne quand à moi vers le chanteur/gratteux du groupe, Josh, pour convenir d’un lieu pour notre interview qui doit avoir lieu sous peu. Merci à Jeff Edwards the jeffedwardsart.com pour la vidéo.

Mais avant de m’entretenir avec le trio, mon collègue Gael et moi-même devons à nouveau retourner au Ballroom pour tirer le portrait de Pentagram. Une entreprise qui s’avèrera plus que tendue, vu l’humeur incertaine de Mr Bobby Liebling. À l’intérieur, le concert de Colour Haze est en train de se terminer… Je repars au Black Heart pour mon interview de The Shrine, laquelle se déroule de la façon la plus freestyle et chaotique du monde. Imaginez : interviewer un groupe crevé dans une rue bondée de personnes bourrées, avec pour compagnie un clodo lui aussi bourré qui cherche à tout prix à se taper l’incruste dans la discussion dans le but de « devenir célèbre »… Clairement mon moment phare du week-end (interview dispo ici).

Rise from the dead : PENTAGRAM (Facebook)

Plutôt que de la jouer « chroniqueuse rock qui sait tout sur tout et qui a déjà tout vécu », je vais être honnête avec vous : je n’écoute pas Pentagram. « Quoi, tu écoutes du stoner, du doom, et tout, mais t’écoutes pas Pentagraaaam ? ». Eh ouais. C’est comme ça. Ne vous attendez donc pas à ce que je vous fasse un compte-rendu détaillé de leur show, avec analyse psychologique et historique à la clé, parce que je n’en ai absolument pas les moyens. Par contre, je peux vous dire un truc : allez voir Pentagram avant que Bobby Liebling ne passe l’arme à gauche. Je vais éviter de m’avancer dans des pronostics d’âge cette fois-ci (cf. The Admiral Sir deux jours plus tôt), mais ce mec est subtilement vieux. Ça ne l’empêche pas de garder cette aura des rockstars d’antan, cette présence de vieux doomeux à l’ancienne où « surjouer » le mec possédé fait partie du concept. Et autant Bobby en fait des tonnes, entre ses petits pas de danse mystique, ces yeux écarquillés, ses moues de vieille sorcière et ses poses tragico-comiques, autant les zikos qui le suivent sont putain de sérieux et efficaces. Quel son, MAIS QUEL SON, bordel ! Les deux géants que sont le nouveau guitariste Matt Goldsborough et le bassiste Greg Turley encadrent le tout avec une prestance et une dextérité de dieux, tandis que le charismatique Mike Muir Sean Saley défonce les fûts avec classe. Sans mauvais jeu de mot, je suis scotchée devant « Petrified », et même si Liebling m’agace au plus haut point à en faire des caisses, je ne peux qu’admettre le génie de ces mecs. H.E.A.V.Y. with a capital H.

Let’s rock it til the world ends : THE AFTER PARTY 

Parce que les mecs du Desertfest ont pensé à tout, et qu’on est avant tout là pour faire la teuf, l’étage du Ballroom est privatisé pour une after party DJ jusqu’à 2h du mat. Il est 23h30, il est l’heure de passer sur le pont supérieur. Quant aux festivaliers qui étaient au Black Heart ou à l’Underworld, eh bien ils vont devoir prendre leur mal en patience et faire la queue dehors pour pouvoir accéder à la fameuse soirée. Étant parmi les premières arrivées, je reçois un billet d’un dollar qui me donne droit à une cannette de Red Stripe gratis. Yep. Aux commandes de la soirée, Kipp de Steak et son acolyte DJ dont j’ignore toujours le nom. Et il n’y a pas de meilleure façon de clore un festival aussi cool qu’en dansant sur « Electric Worry » de Clutch, ou encore Red Fang, Slo Burn, Kvelertak, Black Sabbath… Le paradis sur Terre, je vous le garantis. Mordez-vous les doigts si vous étiez en train de picoler ailleurs à ce moment là, parce que c’était clairement la cerise sur le gâteau. Jusqu’à 2 heures, tout le monde s’éclate dans une ambiance conviviale, tout le monde prend du bon temps, tout le monde il est gentil… On aimerait que cette after dure toute la vie, façon paradis des stoners. Mais parce que les meilleures choses doivent avoir une fin, tout ce joli petit monde se quitte à base d’embrassades et de « rendez-vous l’année prochaine ».

REMERCIEMENTS

Ce Desertfest à Londres a été une expérience incroyable, pleine de concerts intenses, de rencontres tout aussi intenses, et surtout : de putain de bonnes vibrations. Le festival est devenu en l’espace de deux ans LE rendez-vous immanquable des fans de heavy rock et métal, et je lui souhaite de prendre encore plus d’envergure, et SURTOUT de garder cet esprit de convivialité et de proximité intact, car c’est en ça qu’il se démarque de tous les autres fests du genre.
Un énorme merci de tout mon coeur aux mecs de Desertscene pour avoir lancé ce mouvement et m’avoir permis d’y participer en tant que journaliste : Reece, merci pour ta gentillesse et ta disponibilité, Jake, merci pour la patience et les promesses tenues. Un grand shout out à tous les mecs et meufs qui ont tenu le cap au Ballroom, à l’Underworld, au Black Heart et au Jazz Café pendant ces trois jours de teuf. J’ai aussi envie de remercier les groupes que j’ai eu le privilège de rencontrer, interviewer, photographier : Steak, Unida et House Of Broken Promises (Emma de Fifteen Three PR), The Shrine, Glowsun, Mars Red Sky, Kadavar, Gurt, Black Moth, Truckfighters, Pentagram. Un bisou aux DJs qui ont animé les after parties, vous avez rendu notre paradis encore plus cool que tout, vous déchirez ! Et bien sûr, grosse dédicace à mon collègue et ami photographe Gaël Mathieu pour m’avoir suivie partout pendant ces trois jours, et avoir donné de sa personne sans jamais péter les plombs, malgré les aléas de toutes sortes. Dédicace enfin, à toute la Mifa pour le support, je vous love !
À L’ANNÉE PROCHAINE DESERTFEST…

COMPTE-RENDUS DES VENDREDI ET SAMEDI

Last modified: novembre 13, 2013

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