NEUROSIS + YOB @ Bataclan (Paris, 18.07.19)

Written by À la une, Live

Rien de plus logique que de réunir NEUROSIS et YOB sur la même scène. Les deux groupes sont les deux faces d’une même pièce (de métal), aussi introspectifs que rageurs, aux préoccupations humaines comme cosmiques, ils s’expriment dans un fracas lourd et puissant. Et ils n’ont pas peur de repousser les formules classiques, l’un en trio, l’autre en quintet.

Nos excuses à Kowloon Walled City qui joue bien trop tôt ce soir pour qu’on puisse les voir. C’est donc avec YOB que débute notre soirée, et comme au Hellfest, ce sont nouveautés et morceaux de back catalogue que le trio revisite pour nous, en quatre temps. On constate assez vite qu’en 2019, même en ouvrant pour Neurosis, Yob n’a rien d’un groupe hors d’œuvre. Et l’enthousiasme de la salle déjà quasi pleine le prouve et renvoie à Mike Scheidt et sa bande autant d’amour que ceux-ci donnent à chaque prestation. « Ball of Molten Lead«  puis « The Lie that is Sin » sonnent la charge doom et font trembler les planches de la salle mythique tandis que le public est tenu en haleine par les développements rythmiques et mélodiques qui rendent la musique de Yob palpitante.

En guise de balade obligatoire, « Our Raw Heart » fait rugir les puissantes harmonies de guitares de Scheidt, qui pousse sa voix dans les trémolos rugissants dont il a le secret. Enfin, « Breathing from the Shallows » nous remet un salutaire coup de marteau sur nos têtes d’enclumes pour mieux nous laisser groggy. Les applaudissements sont nourris et clairement, pas mal de gens ici sont venus pour eux. Comment ça ? Il reste encore un groupe ?

NEUROSIS n’a plus rien d’un groupe de jeunots et ça se sent. Pour le pire et surtout le meilleur. À leur arrivée sur scène, c’est le poids des années qui pèsent sur leurs épaules, les mines sont graves, Scott Kelly a une démarche lente et heurtée : autant de choses qui participent à l’impact de ce qui va suivre telles la rage ou la résignation qui suintent de cette musique unique concoctée par le quintet. Cette ambiance quasi sinistre et une setlist retorse prennent à défaut en période de canicule. Et dans le public les avis sont partagés, entre ceux qui ont acceptés le voyage et ceux qui l’ont subit. Mais n’est-ce pas l’effet habituel que provoque la musique de Neurosis depuis plus de 30 ans ? Car sous ses apparats (double guitare, clavier/sampleur/batteur puissant et polyvalent) c’est bien une musique dépouillée de tics ou de facilité qui retentit encore ce soir au Bataclan.

De « Given to The Rising » à « Reach », NEUROSIS a toujours dans sa besace des pépites issues d’albums pas toujours évidents, mais taillées dans le métal le plus pur. Notamment deux extraits du récent et mésestimé  « Honour Found in Decay ». Du punk teinté de new wave au folk blues, le quintet a raffiné, épuré, étiré son art pour évoquer l’âme humaine et son rapport à la Nature et aux éléments (« A Sun That Never Sets », « Bending Light », « To The Wind », « Stones From The Sky »). Le dialogue avec le public semble absent, il est pourtant là, dans ce groupe qui communie avec ses spectateurs comme Steve Von Till ou Scott Kelly qui s’avancent vers le premier rang comme s’ils allaient y plonger. Un beau moment aussi introspectif que collectif, qui aura réussi à faire pleuvoir sur Paris, littéralement.

Merci à Kongfuzi Booking pour cette soirée.

Last modified: 30 juillet 2019