HELLFEST 2019 Part III : l’apogée des Dieux.

Lord PierroWritten by À la une, Live Reports

C’est déjà le dernier jour du HELLFEST, mais je suis tellement hors du temps qu’après un samedi allégé et une vraie bonne nuit de sommeil, je suis prêt pour le jour le plus long de cette édition 2019. (PHOTOS : Sylvain Golvet)

La Valley nous a réservé une salve de groupes tous plus planants et introspectifs les uns que les autres, à commencer par DDENT qui ouvre la journée. Si les spécialistes des scènes stoner nantaise et parisienne connaissent déjà le groupe, c’est un plaisir immense de les voir évoluer au Hellfest, et le quatuor instrumental fait claquer ses ambiances propices au voyage intérieur grâce à un son massif et impeccable. La confirmation d’un talent à suivre de près.

Un peu plus expérimentés, les Hollandais de GOLD accélèrent la mesure, leur rock sombre à mi-chemin entre goth et doom est suffisamment bien rodé pour que le public présent prenne plaisir à rester suspendu aux lèvres de sa chanteuse. Le show est bien rodé, tel un ballet incessant en front de scène au rythme de leurs morceaux les plus endiablés.

Mais comme souvent le dimanche matin, le réveil passe par un petit coup de thrash avec les Autrichiens d’INSANITY ALERT. Ici, c’est le fun avant tout, au gré des messages délirant et des hymnes à la joie du pit, le public reprenant gaiement le refrain « run to the pit, mosh for your life ». Et si le son de MUNICIPAL WASTE reste très proche, le propos n’en est pas moins festif, leur crossover thrash/hardcore/metal/j’en passe et des meilleurs mettant le feu à un public qui commençait à faire les sardines devant les main stages, le soleil tapant déjà fort.

Retour à l’ombre de la Valley pour la suite du voyage intérieur, avec en premier lieu MESSA. Tombé sous le charme des Italiens depuis leur passage nantais en 2018, j’attendais ce concert avec impatience. Et ils ont dépassé toutes mes espérances en délivrant LE concert de cette édition. Le son est puissant, permettant au groupe d’occuper tout l’espace que leur offre la Valley et j’assiste à bien plus qu’un concert, un énorme coup de foudre musical comme je n’en ai rarement connu, l’enchaînement « She knows/Tulsi » me plongeant dans un océan de bonheur malgré un set bien trop court.

Il faudra un YOB en grande forme pour se remettre dans l’ambiance sans penser au set précédent… Et du grand YOB nous avons. Martelant ses riffs sans aucun répit, la bande à Mike Scheidt livre une leçon de Doom puissante et écrasante, fidèle à l’ensemble de son œuvre, et démolissant toute concurrence (même s’il y avait peu de groupes du genre cette année).

Réconcilié avec la noirceur, il est temps de reprendre un peu de soleil et de bonne humeur et ça n’est pas le rock décharné d’ARABROT qui nous retiendra. Tout le Hellfest s’est donné rendez-vous en pleine après-midi devant la Mainstage 1, bravant un soleil de plomb et des pavés brûlants, attiré par le groove endiablé de CLUTCH. Arborant un t-shirt Funkadelic, le charismatique Neil Fallon annonce la couleur et enflamme la scène avec son savant mélange de blues, southern rock et funk survitaminé. Le pit s’échauffe, swingue — Sloth Futé signalait même un léger embouteillage au niveau du crowd surf. Les pompiers sont appelés en renfort pour rafraichir ce joyeux bordel. Tout un symbole du nouveau statut du groupe.

Un groupe dont le statut est tout autre, version maudit, ce sont les STONE TEMPLE PILOTS. Après le décès de leurs deux chanteurs, que reste-t-il de l’un des derniers mohicans du grunge ? Curieux de voir comment ce groupe, qui a connu la gloire, se débrouille avec au micro un candidat de télé-réalité, je suis surpris par la qualité des morceaux qui n’ont (presque) pas pris une ride en plus de vingt-cinq ans. Passé le côté nostalgique, les pilotes déroulent leur rock taillé pour les radios US, loin d’être désagréable ou passéiste.

Il est ensuite temps de quitter l’espace concerts… pour aller voir un concert. Aussi surprenant qu’inattendu, MARS RED SKY se sont incrusté à l’apéro pour jouer au Hell Square ! Le buzz de dernière minute a bien fonctionné puisque beaucoup d’habitués de la Valley sont présents devant la scène. Si la Hellstage n’a pas la qualité sonore d’une scène majeure, ce concert intimiste et sans pression offre l’opportunité d’entendre pour la première fois en live « Collector », extrait du prochain album, et l’incontournable et puissamment envoutant « Strong Reflections. » Vivement un passage sous la Valley, et de nuit s’il vous plait !

Pour ne pas rompre cette belle harmonie spatiale, quoi de mieux que les YOUNG GODS ? Clôturant cette édition 2019 de la Valley, les Suisses nous prennent par la peau du cul et nous font danser une heure durant. Eh oui, un groupe électro-rock-indus peut ravir le public de hippies ! Même si ce public est clairsemé, les présents prennent leur pied et alors que le dernier album est dénué d’excès rock ou bruitiste des débuts, les titres passent fort bien et les revisites des classiques « Envoyé » et « Kissin The Sun » sont absolument splendides. Trente ans d’existence et toujours aussi bons, ça n’est pas donné à tout le monde.

D’ailleurs certains s’arrêtent après une longue et belle carrière, et ce soir je choisis d’assister à la der de SLAYER à Clisson. Même si c’est leur septième passage au Hellfest, même si je les ai vus à de nombreuses reprises, je me serai mordu les doigts jusqu’à la fin de mes jours de ne pas les avoir vu ce soir. Alignant les classiques sans aucune fausse note, utilisant un décor apocalyptique digne de leur immense carrière, c’est un Slayer des grands soirs qui enflamme le public. Même avec très peu de communication et peu de différence avec les années passées, c’est un sentiment étrange que de voir partir ce groupe, encore au sommet de sa forme, sous les feux d’artifices. Merci Messieurs, vous avez encore bien mis le public clissonnais à l’amende.

Mais le Hellfest n’est pas fini ! Après lui avoir fait la cour pendant des années, le Hellfest a enfin réussi à mettre TOOL à l’affiche. Si j’appréhende un peu la façon dont le groupe peut jouer en festival, pas coutumier du fait, mes inquiétudes sont balayées dès le début du set, ouvert sur le tonitruant « Aenima ». Son surpuissant, clair et précis, lights sublimes, utilisation totale du fantastique écran de la Mainstage, le show est sublime d’un bout à l’autre, tout comme la setlist, qui s’achève sur le meilleur morceau du meilleur album du groupe : « Stinkfist ». Énorme claque, réussite absolue et la foule compacte et subjuguée prouve que l’orga avait raison de les mettre à cette place. Le final parfait de cette quatorzième édition.

Les râleurs râleront toujours, quelle que soit l’affiche ou les aménagements, mais le Hellfest a superbement réussi cette nouvelle édition, ouvrant les différentes scènes à d’autres sonorités, cassant les clichés propres à chacune d’elle et les habitudes prises par les festivaliers. Nul doute que l’affiche des quinze ans sera encore sublime et j’ai hâte de revenir voir ça !

Un grand merci à l’orga, de Roger aux dessoiffeurs, en passant par la foultitude d’invisibles nous permettant de passer un festival en toute quiétude, à mon bizu Yannick « Iggy » pour avoir complété quelques trous de mon report, à Sylvain Golvet pour ses clichés sublimes alors que je l’ai fait courir sur toutes les scènes, à tous les Lords of The Valley pour le kiff de quatre jours, à toutes celles et ceux croisées durant ce week-end et, bien entendu, à Mama Doom pour la chance offerte de représenter The Heavy Chronicles.

Lisez vite les reports du vendredi et de samedi par Lord Pierro ! 

Last modified: juillet 9, 2019