La roue, le cercle, le cycle, l’ouroboros. Toutes ces images sont convoquées dès la pochette et le titre de ce quatrième opus des Italiens de Messa. Un signe que le groupe craint de tourner en rond ? Pourtant, ce motif semble bien loin de décrire l’œuvre aventurière de ce groupe unique. Même si la route est semée d’embûches
Précédé du single At Races, dont le clip suit la chanteuse Sara Bianchin en deux-roues sur les routes d’ex-Yougoslavie, le disque confirme les envies d’ailleurs du quatuor italien. Ce besoin de voyager, cette envie irrépressible de bouger, d’avancer sans se perdre, est autant une fuite qu’une réelle envie d’aller de l’avant. C’est aussi un rappel salutaire : en suivant le parcours des Spomeniks, ces monuments antifascistes d’artistes Bosniaque, Croates ou Serbes en hommage aux résistants locaux de la Seconde Guerre Mondiale, le clip rappelle le nécessaire besoin d’avoir un œil sur l’histoire pour éviter de parcourir à nouveaux ses embranchements maudits.
L’opus a été enregistré dans trois lieux différents mais avec la même configuration pour garder une cohérence sonore, et ce qui frappe d’emblée avec The Spin c’est que le groupe a décidé de bifurquer des routes orientales de Close. Cette fois-ci, on arpente les chemins de la coldwave et du rock gothique dès l’introductif Void Meridien, où les panneaux signalent les Sisters of Mercy, Killing Joke ou The Sound (excellent groupe trop méconnu). Impossible de ne pas penser à la papesse Siouxsie Sioux en entendant Sara chanter sur le rythme galopant d’At Races. Un motif répétitif de synthé lance même Fire on the Roof. Le son est toujours brut, direct comme le groupe l’aime habituellement, mais ne s’interdit pas certains effets comme la gated reverb pour la batterie, ce son typique des productions anglaises de la fin des 70s.
D’accord, la route a changé. Mais Messa n’a pas perdu ses bases et le moteur est toujours alimenté au doom et au stoner (Thicker Blood, Fire on the Roof, Reveal). On y discerne aussi toujours cet amour de Jimmy Page qui irrigue la guitare d’Alberto (notamment sur Immolation), auteur encore une fois de soli toujours autant surprenants et inspirés. Surtout, toujours autant attentifs à la narration, les Italiens laissent leur morceaux se développer, progresser, se raconter, comme le superbe The Dress où les angoisses de vampirisations de Sara s’incarnent dans un pont lancinant, hantée par une trompette jazz, avant de se fondre dans un fracas de blast beats.
Aussi, les thèmes sont plus cette fois-ci plus directs, introspectifs, moins mystiques peut-être. “I never spoke so clearly in our previous records about insecurity, misery, uneasiness, anguish and distress,” raconte Sara. Star-system, recherche du profit, perte de sens ou patriarcat : on sent bien que les pièges de l’industrie musicale (et d’un monde en général qui semble ne vouloir que nous écraser et nous arrêter) pèsent sur la psyché de Sara et de Messa, et que la fuite en est parfois la seule solution.
“Biting like a horse
At races
Every stare
Weighs on my saddle bags”
L’album se termine dans un cri de frustration et de rage qui résonne encore longtemps après l’écoute. Bref, la versatilité du groupe n’est plus à prouver le long des ces sept titres. The Spin forme un ensemble plus compact et direct que l’opus précédent. C’est encore une fois un travail d’orfèvrerie, à la sincérité touchante et à l’esprit d’aventure qui prouve encore une fois qu’il faut compter sur Messa pour faire avancer une scène doom bien souvent écrasée par ses poids et bornée par ses propres limites.
“…and the spin that is never ending.”

Last modified: 3 avril 2025