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Live Reports

Published on September 4th, 2017 | by Razort

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MOTOCULTOR FESTIVAL 2017 : Le report

De nombreux problèmes financiers menaçaient l’existence de cette édition 2017 du MOTOCULTOR FESTIVAL, mais après maintes mésaventures, nous voici de nouveau sur le site de Kerboulard, à Saint-Nolff dans le Morbihan, pour profiter d’une belle dose d’artistes originaux et internationaux avec une affiche qui, selon moi, reste pourtant très en-dessous de celle proposée l’an dernier. Nous passerons les détails sur l’organisation qui s’est avérée être de plus en plus chaotique au fur et à mesure des éditions, pour se concentrer sur l’essentiel : la musique, le seul point fort réel de ce week-end. (PHOTOS : Gaël Hervé)
VENDREDI 18 AOÛT

C’est remonté à bloc que je me dirige vers le premier concert du festival et… que je suis ralenti par une file d’attente incroyablement longue. De quoi faire rager de bon matin. Les fouilles à l’entrée s’éternisent, mais une fois celles-ci passées, j’atterris enfin devant le trio parisien ALUK TODOLO, qui avait été l’une des expériences les plus marquantes du Roadburn il y a quelques mois. Les conditions n’étant pas totalement réunies – en plein jour, midi à peine passées – je redoute que le show soit beaucoup moins entraînant, et pourtant ! On croirait entendre l’écho de mille voix venues du chaos résonnant dans un désert de mort (peu de survivants de la veille semblent s’être rassemblés en cette matinée ensoleillée, et tant mieux, car le concert en est tout de suite plus intimiste !). C’est une véritable odyssée à mi-chemin entre krautrock et black metal qui hypnotise la fosse, tout comme ce magnifique solo de pedalboard. Alors que le ciel se voile au dehors, je déclare haut et fort : « Meilleur concert du festival ! Allez salut, on peut tous rentrer chez nous. »

Après une telle claque, nous trainons les pieds vers NOCTURNAL DEPRESSION et constatons en arrivant que ce ne sont pas eux sur scène. Ce n’est pas du tout le black metal déprimé des grenoblois que j’entends… Des sonorités stoner doom très lourdes et ésotériques : ce ne sont pourtant pas les GLOWSUN ? Mais qui sont ces jeunes sur scène ? Leurs sonorités chatoyantes sont intéressantes, massives et aériennes… « On s’appelle GREYFELL, on vient de Rouen, et on n’était pas du tout programmés à la base ! » Voici comment le Motocultor nous a fait malgré lui une incroyable surprise, en ne communiquant pas sur ce changement de running order, que ce soit sur les réseaux sociaux ou sur place (une simple feuille A4 aurait suffit). En tout cas, nos oreilles les remercient (le groupe) et sont désormais préparées pour la suite des hostilités !

Le trio stoner lillois GLOWSUN, désormais bien connu dans nos contrées, nous entraîne dans une spirale méditative aux sonorités psychédéliques apaisantes comme le ferait My Sleeping Karma, avant de remonter abruptement dans un son lourd et blindé de fuzz façon Mars Red Sky. Un set assez habituel mais exécuté avec toujours autant de prestance. Après avoir vu un bout d’HATESPHERE qui désintègre tout sur son passage avec son mélange de thrash, hardcore et death, nous nous retrouvons devant 7 WEEKS, qui officient quant à eux dans un stoner moderne mêlé à des samples électro au travers de titres parfois très rapides, parfois haut perchés dans la stratosphère, emprunts de négativité, mais d’une efficacité redoutable. 

Le groupe suivant est quant à lui bien plus méchant que du black metal, plus lourd que du doom, plus rock’n’roll que du stoner : je parle évidemment du duo MANTAR, venu péter des culs par paquets de douze. À la manière de The Midnight Ghost Train l’an dernier, les allemands mettent une grosse baffe à un public pas du tout prévenu, et qui finit par former une des fosses les plus mouvementées de l’histoire du festival. On pourrait reprocher un son un peu aléatoire qui rend la voix peu audible, mais quand on va à un show de Mantar c’est surtout pour l’ambiance, l’énergie, que dis-je ? le démon qui sort littéralement de ce guitariste intenable et de son acolyte batteur qui frappe ses fûts sans aucune douceur.

Autant dire que le rythme ralentit beaucoup sur la scène suivante. J’avais été déçu par le dernier show de BLUES PILLS il y a quelques mois à Bordeaux, mais aujourd’hui je crie carrément au scandale : c’est mauvais ! Difficile d’écrire cela quand on aime le groupe, mais leur prestation n’a rien de passionnée, rien d’énergique, les titres mous du dernier album en début de set n’arrangeant rien, mais surtout… le son est atrocement mal géré (on rejettera la faute sur les ingés sons qui ont fait un travail plus que relatif durant tout le séjour). Petite surprise cependant : « Somebody to Love » de Jefferson Airplane vient un peu raviver les esprits en fin de concert.

Passage rapide devant CANDLEMASS dont le son grésille beaucoup, mais écrase également pas mal de gueules des premiers rangs jusqu’au fond du chapiteau. Un instinct primaire me pousse à aller me réveiller devant les affreux français de BENIGHTED. Nous arrivons au début de « Slut » et instantanément mon cerveau disparaît, comme celui de toute une bande d’abrutis qui foutent le bazar dans la fosse. Le groupe semble ravi par cet état d’esprit et enchaîne les tueries brutal death. Je retourne faire un tour vers Candlemass pour entendre la fin de « Solitude » avant de me placer devant BLOODBATH… C’est mou, le son est affreux, on reconnaît à peine les titres, le chanteur n’est pas du tout dedans, et nous sommes visiblement beaucoup à être déçus de ne pas voir Mikael Åkerfeldt sur scène pour le remplacer.

Changement de registre encore une fois avec ATARI TEENAGE RIOT, groupe de digital hardcore allemand qui m’avait beaucoup charmé par ses sonorités électro et indus très lourdes. Mais sur scène, rien à voir… C’est un simple concert de pop à deux chanteurs et chanteuse horripilants. Se succèdent des passages électro écrasants, puis soudainement, des passages pop d’un ennui mortel. Le mélange n’est pas du tout réussi, je finis par avoir de gros remords lorsque je pense au groupe qui joue plus loin sur la Supositor… J’abdique et retourne voir les copains de THE GREAT OLD ONES. Le lieu est impressionnant tant il s’adapte parfaitement à l’ambiance. Perdues au milieu des bois, les cinq silhouettes noires prient à travers leur black metal massif et atmosphérique, sous le regard silencieux des étoiles et de la nuit, devant une foule d’adeptes hypnotisés et visiblement conquis. « My Love For the Stars » et « Mare Infinitum » viennent clôturer ce set fabuleux qui nous oblige à tous lever les yeux au ciel pour admirer une superbe voûte céleste.

Finissons cette épuisante soirée par un peu de douceur avec le retour d’OPETH, qui avait donné un concert assez mitigé ici-même il y a deux ans. J’ai l’impression d’entendre le même concert, avec des titres du dernier album « Sorceress ». C’est toujours aussi bon, toujours aussi beau, mais je ne suis pas dedans et finis même par m’endormir sur les dernières minutes de « The Grand Conjuration ». Ce fut une sieste fort plaisante ceci dit. Retour au camp et repos bien mérité avant demain.

SAMEDI 19 AOÛT

Quoi de mieux que de s’ouvrir le cœur avec le black metal massif et déprimé de WIEGEDOOD, formation belge composée des musiciens de Oathbreaker et Amenra (ceci explique cela). Autant vous dire que la joie n’est pas au rendez-vous. Mais le son, lui, y est ! Le le trio de la Church Of Ra nous écrase, nous étouffe… nous noircit l’âme avec les titres issus de leurs deux albums « De Doden Hebben Het Goed ». Enchaînons avec SOFY MAJOR plutôt qu’un énième groupe de hardcore en plein soleil. C’est une totale mais très agréable découverte pour ma part. Un trio de sludge couillu très prometteur, énergique, lourd, et qui me fait penser par moments à Hark.

Enfonçons nous encore dans la lourdeur avec un groupe encore plus bas du front. VALLENFYRE est une formation britannique mélangeant multiples influences extrêmes : crust, powerviolence, black, death metal… C’est noir, très noir. Le niveau intellectuel s’en retrouve intensément abaissé, et ça ne risque pas de s’arranger tout au long de la journée. Après une rapide pause au campement, nous revenons pour PROVIDENCE, dont on m’avait vanté les mérites. Je découvre avec effroi qu’il existe des neurones de désintelligence. Du hardcore. Tout ce qu’il y a de plus bête et faussement méchant. Et le groupe parisien semble être très heureux de jouer devant une fosse de plus en plus attardée. Je vois successivement : un mec se jeter (seul) contre des grilles, un autre le visage en sang, et les musiciens jouant cordes à vide durant plus d’une minute. Ce n’est définitivement pas pour moi. Et je ne comprends pas l’intérêt de jouer en K-way non plus. Vraiment.

Je tente une nouvelle fois de me plonger dans l’univers d’IGORRR (très en vogue en ce moment pour leur musique expérimentale), mais après quinze minutes de souffrance auditive, ce mélange de black metal, électro et voix de Castafiore me donne plus d’envies de meurtre que de réelle satisfaction. De façon générale, le son aujourd’hui est assez médiocre sur toutes les scènes. Lorsque je reviens cependant, le duo français THE ALGORYTHM a merveilleusement bien réglé le sien, nous transportant instantanément dans son univers futuriste complètement dément, rappelant des formations synthwave comme Perturbator, ou plus prog comme Animals As Leaders. Alliés à des lumières divines, j’ai l’impression qu’ils tentent de pirater notre cerveau pour décrypter on ne sait quel programme caché. Hypnotisé, je ne remarque même pas que le soleil s’est couché à la fin de ce set ultra énergique et revigorant. 

Je me prépare innocemment pour LA branlée pas du tout prévue de la journée. En studio, RADIO MOSCOW est un groupe relativement calme qui ne m’avait jamais réellement convaincu. En live, c’est une machine psychédélique infernale aux solos venus d’une autre galaxie, accompagnés par une basse rythmée ne s’arrêtant jamais. Je perds mes repères temporels et finis projeté dans un trip sous acide, tout en rapprochant cette expérience d’un Colour Haze qui serait entré en symbiose avec Dewolff. Un excellent lot de consolation après Blues Pills hier !

Changement de trip avec les barbares teutons de KREATOR, officiant dans un thrash metal destructeur ! C’est la folie dans la fosse, je n’ai jamais vu autant de gens saouls tomber lamentablement les uns sur les autres. Un grand moment de rigolade, mais également de musique ! Une excellente découverte ! C’est donc hyper motivé que je me dirige vers 1349, d’autres barbares venus eux de Norvège, célèbres pour leur black metal sans pitié et d’une violence qui… Oh. Mon. Dieu. Je suis pris d’un fou rire lorsque j’arrive devant le concert le plus mauvais de ma vie. C’est nul. Terriblement nul. Tous les membres sont saouls sur scène, le chanteur grogne vainement, le batteur loupe des toms, le rythme est méchamment ralenti : le pire son que j’ai pu entendre aujourd’hui.

Je fuis voir DISCHARGE, qui ne sont malheureusement pas gâtés non plus. Le son est si mal réglé que même à plusieurs mètres du chapiteau, impossible d’entendre quoique ce soit. Après une telle journée de souffrances auditives, c’est vidé que je me pose devant PRIMORDIAL, dont le début de concert est bien trop mou et calme. Pourtant, une fois rentré à ma tente, j’ai l’impression que le son et l’ambiance se sont arrangés et que je suis en train de louper un concert épique. J’écoute de loin, observant les étoiles au-dessus de moi, dans la fraîcheur de la nuit, et me dis qu’au final je suis à la meilleure place pour profiter de ce concert. À demain.

DIMANCHE 20 AOÛT

La journée la moins chargée du week-end pour ma part. Pourtant, elle sera la meilleure en terme de son et d’ambiance. Et c’est avec les génies suisses de MONKEY3 que commencent les hostilités, pour un voyage incroyable, une symphonie stoner psychédélique et onirique ! Alternant entre passages nous laissant en suspension dans une nébuleuse colorée, et passages beaucoup plus rapides nous faisant entrer en hyper espace, le trio devenu quatuor a le don d’apaiser les maux des festivaliers s’aventurant à proximité. J’assiste à des siestes, des câlins, et même des séances de massages. Nos chakras désormais bien ouverts, allons les emplir d’un autre type de beauté…

Le black metal peut avoir deux visages. Un sombre, torturé, sanguinaire, triste, noir… et un plus lumineux, poétique, majestueux, touchant. C’est le cas de UADA, très attendus en cette chaude après-midi de dimanche. C’était prévisible : les retrouver sous le soleil tue totalement l’ambiance de ce groupe fait pour jouer de nuit (ou au moins abritez-les à l’ombre, bon sang !). Le mélange entre riffs obscurs et mélodies aériennes arrive à relever le niveau et prouve à l’assistance que les américains sont une des formations les plus prometteuses de leur genre ces dernières années. En pause sur le campement, on me fait l’éloge de ULI JON ROTH devant lequel j’atterris une fois retourné sur le site… Un des meilleurs guitaristes du monde, ça ? Plutôt une piètre démonstration de « m’as tu vu jouer de la guitare, pauvre mortel ? » qui ne convainc pas le public… contrairement à d’autres américains jouant au même moment. REVOCATION est ce qu’on appelle dans le jargon une leçon. De thrash metal, de prestance, de sourire, et d’enchaînement de riffs, solos, et taping en tous genres. Un son absolument carré, parfait, et bien que ne connaissant pas très bien le groupe, je prends un pied monumental tout en bavant devant la dextérité révoltante du chanteur-guitariste David Davidson.

Dernier repos avant l’enchaînement fatal du soir. Nous filons voir SUFFOCATION, d’autres barbares américains écrasant tout sur leur passage et dont le nouveau chanteur se défend à merveille. C’est dansant, pachydermique, violent, totalement pas intelligent… et probablement un des meilleurs concerts de death que j’ai pu voir de ma vie ! Élevons nous vers les cieux devant le chauve le plus classe et talentueux du système solaire. Je n’avais jamais eu le temps de me pencher sur le DEVIN TOWNSEND PROJECT ou n’avais jamais trop accroché aux rares titres que j’avais écouté… Et la semaine dernière au Brutal Assault, ce dernier m’a littéralement téléporté dans son univers loufoque, épique, majestueux, spectaculaire, et parfaitement retranscrit musicalement. Indus, prog, death, heavy : un tas d’influences composent cet opéra spatial qui enchaîne les tueries à la gloire de Ziltoïd ou de quelconques membres virils. On sort de là avec un sourire jusqu’aux oreilles.

Quoi de mieux pour rester dans l’espace que les génies irlandais de GOD IS AN ASTRONAUT ? Probablement un des groupes les plus attendus de ce festival, et visiblement une découverte pour un grand nombre de personnes ce soir. À chaque fois, c’est une claque monumentale, complètement différente des sonorités post-rock plus calmes et oniriques de leurs albums. Ici tout n’est qu’énergie, chaleur, les lumières sculptent littéralement des formes à travers d’épais fumigènes, le son nous transporte à travers un vortex étincelant, et surtout… CE MUR. Un mur d’étoiles disposés en fond de scène que je n’avais alors jamais vu. Les titres du dernier album « Helios | Erebus » sonnent encore mieux, et on retiendra également les classiques des anciens albums comme « Echoes », « Suicide By Star » ou la superbe « From Dust to the Beyond » qui clôture en beauté non pas le concert, mais le festival tout entier. 

C’est ainsi que s’achève une nouvelle édition du Motocultor plus que mitigée sur certains points, mais qui encore une fois aura été sauvée par une poignée d’artistes qui en valent largement le détour, comme chaque année. L’édition 2018 est visiblement déjà confirmée, mais les mêmes inquiétudes reviennent quant à la survie générale du festival. Espérons que ce dernier saura s’améliorer efficacement d’ici-là et pourra régler les nombreux problèmes qu’il traîne depuis sa création, car ce serait dommage de perdre tout ce travail accompli depuis 10 ans.

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Razort

Dessinateur un peu dérangé quand on me donne un crayon, chevalier de la bière lorsque j'enfile mon armure sur scène, étudiant bordelais le reste du temps, en chasse perpétuelle de nouveaux concerts pour en relater des souvenirs plus ou moins flous.



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